Publié dans Coups de coeur

Mon pépé

pépéAujourd’hui, ce devrait être l’anniversaire de mon pépé, qui nous a quittés il y a trois ans.

C’est la seule photo que j’ai de lui, où il sourit. Je ne dois pas avoir beaucoup d’autres photos de lui d’ailleurs.

Mon pépé était quelqu’un de très atypique. Il est né dans une forêt du Morvan et aimait raconter que sa mère le portait dans un cageot sur la tête. Ma mère disait qu’il affabulait, mais depuis je me suis renseigné auprès d’un garde forestier qui avait fait des recherches sur le Morvan : oui, il y a avait des familles d’émigrés dans les forêts du Morvan, oui, on trimballait les bébés dans un cageot, et souvent sur la tête. Ses parents sont venus d’Espagne à pieds. Environ 1700 Bornes, soit 400 heures de marche ( c’est Mappy qui le dit). Depuis j’ai retrouvé un groupe Facebook avec d’autres personnes de ce village, et ils disent tous qu’ils sont venus à pied. De toute façon en 1918, ils n’y avaient pas trop d’autre solution.

Mon pépé a quitté l’école à 12 ans, il savait parler Espagnol, et a appris à converser en Italien et en Portugais grâce à l’Espagnol. Evidemment, quand il le disait, on ne le croyait pas, mais moi je l’ai entendu faire plus d’une fois. Sa mère ne savait ni lire ni écrire, et c’est comme ça que j’ai su que c’était vraiment très important de lire et d’écrire. Moi j’ai toujours aimé ça, mais j’ai vu combien cela pouvait être un handicap de ne pas savoir.

Avec mon pépé, nous faisions le tour des campings où nous allions ( il avait un camping-car et il m’emmenait faire des compétitions, ou on allait en cure thermale) et il s’arrêtait discuter avec les gens. Avec n’importe qui. A l’époque cela ne semblait pas trop bizarre, et il s’est fait des amis de cette façon.

On aimait se balader à pieds, même sous la pluie.

Mon pépé a eu plein de métiers et des tas de passions : il a travaillé sur les chantiers, a été chef de chantier, il a conduit des cars sur des longs voyages comme sur les trajets scolaires, il m aimait récupérer des tas de machins, qui finissaient par servir ( Konmari , cela ne lui aurait pas plu !) il faisait des DIY avant l’heure, surtout pour son jardin, il avait plusieurs jardins d’ailleurs, il achetait des maisons en ruines à des ventes aux enchères et les retapait pour les louer. Il s’est démerdé pour réussir, et une fois qu’il a réussi, il a eu des gens qui le jalousaient. Il a eu aussi des gens qui étaient racistes et qui disaient des choses pas sympas dans son dos, dans un tout petit village où dès que tu es différent, tu es montré du doigt. Enfin, en fait, ils se  montrent tous du doigt chacun leur tour mais ils pensent que ce n’est pas le cas et qu’ils sont amis.

Mon pépé avait de gros soucis de santé, et on disait de lui qu’il se plaignait tout le temps. En fait, il a été traumatisé de voir son petit frère happé par un char allemand pendant la guerre, il a développé ce qu’on appelle aujourd’hui fibromyalgie, et avait la maladie de Parkinson.

Mais même malade il était toujours en train de bricoler un truc. Le souci, c’est que des fois, ce n’était pas de très bon goût. enfin, c’est surtout qu’il récupérait des peintures à la déchetterie ou ailleurs, et qu’il s’en servait quelle qu’était la couleur. Il repeignait des trucs et ne le disait pas, tu te retrouvais avec de la peinture sur les mains ou les vêtements, c’était pas drôle. Maintenant si, je trouve ça drôle.

J’aurais bien aimé que mes filles connaissent mon pépé, mais pour cela, il aurait fallu que ma grand-mère et ma mère agissent autrement quand il a été très malade, et quand j’ai été très malade.

Il aurait fallu qu’il soit pris en charge autrement.

Il y aurait bien des choses à vous raconter sur le sujet, mais aujourd’hui, je n’ai pas envie.

Je préfère vous raconter comment était mon pépé, avec ses jardins, ses bricolages, ses maisons à retaper, ses chantiers, sa manie de ne pas mettre de caleçon l’été sous son short, son peigne qu’il avait toujours dans la poche, son habitude de traiter de  » salopard » tous les chiens qu’il voyait ( c’était affectueux ), ses trouvailles dangereuses comme la fois où il a poussé seul dans une pente la voiture qui ne démarrait plus  mais qu’elle a terminé dans la jardinière de la cour ( une vieille auge en pierres) et qu’il aurait pu finir sous les roues, la fois où il a coursé un sanglier ( si, si ) parce qu’on ne sait jamais des fois qu’il puisse l’étrangler à mains nues ( je ris mais ça aurait pu mal finir), et sa passion, comme moi pour… le chorizo, le jambon sec et le chocolat Lindt au lait.

Publicités

3 commentaires sur « Mon pépé »

  1. Super article! Ça me rappelle mon papi. Ils sont tous comme ça ? Je croyais que c’était le mien le meilleur! Ils doivent avoir un manuel comment rendre accro ma petite fille 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s