Publié dans Coups de coeur, Coups de gueule

Il s’appelait Nâzim Hikmet

nazim_hikmet2En ces heures de guerre et de douleur, j’aimerais te faire redécouvrir ou découvrir quelques poètes que j’aime et qui ont combattu, à travers les mots, les actes aussi. Celui de ce soir s’appelle Nâzim Hikmet, il était Turc et il écrivait superbement, avec la simplicité des images de la pureté.

Je te conseille ce blog, et cet article.

Nazim et moi, on s’est rencontrés à un stage de théâtre de La Comédie à Reims avec Arnaud Meunier comme meneur, avant que ce dernier, metteur en scène, ne prenne la direction d’un grand théâtre de Saint Etienne. Arnaud aime ce qui est pur, simple, l’écriture blanche. IL aime aussi les gens vrais, les combats .
J’ai beaucoup aimé ce stage où Arnaud a essayé de nous faire jouer sans intention, avec simplicité, dans le dénuement complet du comédien face à un texte qui se suffisait à lui même. J’ai ensuite acheté ce merveilleux recueil Il neige dans la nuit.

Voici deux de mes poèmes préférés de Nazim Hikmet. Je te salue Nazim. Tu dois nous regarder le cœur en sang.

ANGINE DE POITRINE

Si la moitié de mon cœur est ici, docteur,

L’autre moitié est en Chine,

Dans l’armée qui descend vers le Fleuve Jaune.

Et puis tous les matins, docteur,

Mon cœur est fusillé en Grèce.

Et puis, quand ici les prisonniers tombent dans le sommeil quand le calme revient dans l’infirmerie,

Mon cœur s’en va, docteur,

chaque nuit,

il s’en va dans une vieille

maison en bois à Tchamlidja

Et puis voilà dix ans, docteur,

que je n’ai rien dans les mains à offrir à mon pauvre peuple,

rien qu’une pomme,

une pomme rouge : mon cœur.

Voilà pourquoi, docteur, et non à cause de l’artériosclérose, de la nicotine, de la prison,

j’ai cette angine de poitrine.

Je regarde la nuit à travers les barreaux

et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,

Mon cœur bats avec l’étoile la plus lointaine.

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 89

Je suis dans la clarté qui s’avance

Mes mains sont toutes pleines de désir, le monde est beau.

Mes yeux ne se lassent pas de regarder les arbres,

les arbres si pleins d’espoir, les arbres si verts.

Un sentier ensoleillé s’en va à travers les mûriers.

Je suis à la fenêtre de l’infirmerie.

Je ne sens pas l’odeur des médicaments.

Les oeillets ont dû fleurir quelque part.

Et voilà, mon amour, et voilà, être captif, là n’est pas la question,

la question est de ne pas se rendre…

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 84

Nâzim Hikmet

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