Publié dans Apprendre, Avant t'avais des principes..., Coups de gueule

La mauvaise éducation

Tu sais, quand tu as des enfants, tu prends conscience que l’éducation que tu leur donnes peut devenir source de conflits. Tout le monde semble croire qu’il a son mot à dire, son conseil à prodiguer, son  » il faut, tu dois » à asséner. Tu as les parents des enfants du même âge, qui savent mieux que toi.

Tu as les parents des enfants plus âgés qui te disent » crois-en ma propre expérience », tu as la maîtresse (nous elle nous fout la paix heureusement), la nounou,  les institutions, les émissions, les mamans blogueuses ( oui, oui, tu sais, ces fameuses mamans qui te vendent des programmes d’éducation à 800 boules), tu as des pédapsychomachins, qui te disent  » crier, taper c’est pas bien mais je n’ai aucune solution alternative à vous fournir ». Ce qui est bien aussi, c’est que tu as tellement de bouquins, que tu peux te faire ta propre idée. Des émissions télé aussi, des sites. Au début, tu vas tout écouter, tu vas engranger des informations. Tu veux tout faire trop parfaitement.

Tu regardes mêmes les vidéos très agaçantes de Filliozat.

Tu en as même qui te disent que ça va être gratuit et en fait c’est 95 euros ( je ne sais pas si c’est bien, mais je te donne quand même la vidéo)

 

Et puis il y a un paramètre qui va s’imposer à toi, plus que les autres : la personnalité de ton propre enfant. Tu découvriras même que tu n’éduques pas exactement tous tes enfants de la même façon, parce qu’ils n’ont pas les mêmes personnalités, ne font pas les mêmes erreurs, n’ont pas les mêmes penchants naturels. Non, avec le deuxième ce ne sera pas facile. T’avais prévu de ne pas crier mais quand tu peux même pas aller faire caca tranquille en trois jours, ben tu cries.

 

Enfin, à tous ces paramètres s’ajoutent les éléments essentiels qui feront ta propre tolérance et tes propres propriétés : tes valeurs. Et ces valeurs elles se sont construites par ta propre expérience d’enfant, de par l’éducation que l’on t’a donné ( en contre également) de par tes expériences de vie, tes erreurs, leurs conséquences, ou tes voyages, ton ouverture d’esprit aux autres cultures. Par exemple, si tu es allé en Amérique latine, tu auras remarqué que l’heure du coucher n’est absolument pas une priorité dans ces pays. Chacun, enfants compris, se couche à l’heure qu’il veut. Le rythme se prend naturellement ( l’école commence à 7h40 au Mexique par exemple), l’après-midi peut être consacrée à la sieste ( pas de cours) et la soirée à ce qu’on veut ( il a fait souvent trop chaud en journée).

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Ce que tu dois retenir au final, c’est ce sont tes enfants et qu’il n’y a que deux parents. Grand-parents, cousins, copines, tatas, nounous, ou je ne sais qui ne sont que des AUTRES qui n’ont qu’une mission : accepter tes principes à toi d’éducation. Personne ne doit avoir le droit de venir ramener sa fraise. Tu fais du mieux que tu peux, c’est le plus important. Nous faisons du mieux que nous pouvons, c’est ce que j’ai répondu à la personne qui a osé me dire que mes filles étaient mal éduquées. Je cite  » il faut un minimum d’éducation quand même » et  » quand on a des enfants on les assume ».
Je te place le contexte : Mes filles, après avoir fait 4h30 de voiture la veille, s’être couchées à minuit passé pour voir un feu d’artifice , avoir passé ensuite une journée entière à marcher, faire des jeux, faire deux parcours d’accrobranche ( oui, la petite de deux ans aussi), avoir déjeuner le midi au restaurant, pris une douche en quatrième vitesse, avoir zappé donc au final deux siestes… ont dû aller au restaurant le soir.

Le midi, nous avions déjà été dans un restaurant. Tout s’était très bien passé, chacune était restée assise à sa place le temps de prendre son plat, entre les plats nous les avons laissées marcher et jouer, et regarder les papillons. A la table voisine, il y a avait trois enfants qui ont vite rejoint les nôtres, à notre table et derrière notre table. Il faisait froid à l’ombre, on avait regroupé tout le monde au soleil, nous tous, les parents des 5 enfants, nous avons surveillé la marmaille. Une maman a d’ailleurs demandé à ses filles de jouer avec ma grande, elle a même autorisé ma grande à descendre avec ses filles l’escalier pour jouer dans l’herbe, et j’ai surveillé son petit et je vais te dire, avec toute la souplesse des parents qui gèrent des gamins au restau, personne ne s’est offusqué des interventions de l’autre parent. On a géré, et merci à ces inconnus qui ont joué le même jeu que moi, à savoir : assurer la sécurité des enfants et leur confort. On a passé un super moment. Nous nous sommes remis à table sans cri ni pleurs, pour  déguster nos glaces, et nous avons dit au revoir à ses amis inconnus qui comme nous, ont des enfants vivants.

Après, nous avons fait de l’accrobranche, une promenade dans des pierres ( les pierres jaumâtres) et puis encore de l’accrobranche. La petite était tellement fatiguée qu’elle ne tenait plus sur ses jambes. Mais le soir, nous étions invités au restaurant. La grande est restée assise pour son repas. La petite en avait ras le casque est n’est pas restée en place. Habituellement le soir, elle ne prend qu’un biberon alors le coup de la crêpe garnie n’est pas passé. Elle ne voulait pas être assise, il n’y avait pas de réhausseur, les coussins la gênaient, elle a jeté un couvert, elle ne voulait rien manger. Et puis elle a crié aussi, et puis elle pleuré. Bref, un enfant de deux ans qui en a ras le bol et veut dormir. Je l’ai donc emmené se promener et prendre son lait dans un espace vert à côté, on est allé regarder les fleurs,  je l’ai accompagnée dans ses envies, parce que c’est un enfant de deux ans et que ses besoins passent avant tout, c’est le meilleur moyen pour moi d’arrêter la crise, et celle-ci me semblait sincèrement justifiée.

Tu me diras  » Mais pourquoi avez-vous accepté l’invitation » ? Pour ne pas vexer les personnes auraient été blessées qu’on dise non. Il y a des cas où tu ne sais plus à qui faire plaisir. Tu vois, à l’avenir je saurai : mes filles seront désormais la priorité. Donc tu as raison, on aurait dû refuser. La petite a donc monopolisé toute mon énergie et mon attention, et j’ai réussi tant bien que mal à manger. La grande quant à elle a voulu sortir de table et… Jouer avec un bébé de 12 mois environ, une petite fille. Parce que ma fille avait fait ça le midi, parce que c’est toujours comme ça au mac do par exemple, parce qu’elle aime aider les petits, parce qu’elle est d’un naturel avenant et aime discuter, parce que c’est une petite fille adorable, en somme. Sur cette terrasse de restau, il y a pas mal d’enfants et une fumeuse. C’est à ce moment-là que je me suis prise dans la gueule  » il faut un minimum d’éducation quand même. C’est inadmissible, il y a des gens qui demandent à changer de place à cause des enfants, ça dérange tout le monde. Quand on a des enfants on les assume. Je suis vraiment en colère ».
Alors je vais être très clair. Moi aussi je suis en colère et j’ai été bien gentille de ne pas crier. Mais je ne l’ai pas fait pour les adultes, je n’ai juste pas voulu gâcher le reste du séjour à mes filles.  Nous sommes donc rentrées et j’ai passé ma soirée à pleurer.
Oui, j’éduque mes filles, et je le fais comme je l’entends. Personne n’a à me dire comment je dois  éduquer mes propres enfants. Quand on a eu des enfants on a pu faire comme on le souhaitait, la moindre des choses quand on est bien éduqué ( visiblement c’est raté, pour moi il n’y a pas plus malpoli que quelqu’un qui vous sort que vous n’assumez pas vos enfants et qui vous juge)  c’est de se mêler de ce qui nous regarde et l’éducation des enfants qui ne sont pas les siens ne nous regarde pas. J’ai assisté à des scènes mémorables de gamins en crise avec des parents dans la merde jusqu’au cou, eh bien c’est comme ça, chacun fait comme il peut.

Mes filles ne sont pas des sauvageonnes,  elles disent  » bonjour », « pardon », merci » , »s’il te plait »,  » au revoir »  » de rien »,  » à tes souhaits », et je n’ai jamais eu à leur apprendre ces règles de politesse qui sont en vérité tout à fait naturels chez nous. Et agréables pour elles. Parce que je ne les ai jamais forcées. Tu forces un gamin à le dire tu peux être certain qu’il va voir ça comme un truc méga chiant et se sentir humilié. Moi, quand on me mettait la honte, j’avais plus du tout envie de le faire; Le pire étant carrément de devancer l’enfant qui allait le faire naturellement.  je me souviens quand cela m’arrivait étant enfant, j’avais des envies de taper. Un enfant n’est pas un chien. On dit bonjour quand on a envie de dire « Passe une bonne journée  » à la personne. Si tu t’en fous tu dis rien. Oui, moi, il m’arrive de ne pas dire bonjour à quelqu’un parce que… j’en ai rien à foutre de sa gueule. Ce qui ne fait pas sens pour moi dans la politesse ne m’est pas important.

Mes filles aident à ranger, mettent la table, la grande range sa chambre. La petite partage son repas avec les autres, elles font des cadeaux, elles écrivent des cartes qu’elles vont glisser dans la boîte aux lettres de leur copine, elles font des compliments, elles sont toujours prêtes à aider, à faire un câlin. Les interdits, chez nous, sont liés uniquement à la dangerosité des situations. Non, elles n’ont pas d’autre interdit, oui je les autorise à sortir de table quand elles ont mangé, et ce sont mes choix. Je ne vois pas pourquoi faire tout un fromage de ça.

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Notre priorité, c’est d’éviter les crises de larmes, les hurlements, les coups. Si intervenir peut provoquer le déluge, je n’interviens pas. Surtout pour une règle de politesse que je ne connais pas. A part s’il existe un danger, ou qu’elles peuvent causer de vrais dégâts ou des vrais désagréments.

Mes priorités se sont l’attention à l’autre, la reconnaissance que l’enfant doit avoir de ce qu’on fait pour lui, et la sécurisation de l’enfant.

Non, j’en ai rien à foutre de savoir si c’est validé par Madame de Rotchild de quitter ou non la table à 2 et 4 ans. Je m’en fous comme de l’an 40 de savoir si le Petit guide la bonne conduite accepte qu’un enfant joue avec un autre enfant au restau. Nous étions gênés par rapport aux parents de la petite,  qui ont répondu à mon mari très sincèrement que les filles ne les dérangeaient pas et que ma grande pouvait rester. OUI, je lui avais dit que je ne voulais pas, parce que j’avais peur que les parents soient contre. Mais du moment que ces parents avaient accepté, je ne voyais pas où était le problème et j’avoue que c’était très mignon de voir la petite faire des pas en dansant avec ma grande. C’était même adorable.  Le midi, nous avions 5 enfants dont 3 pas à nous à notre table et on en a pas chier une caisse, on était contents en fait. Nous les parents, on est HEUREUX de voir nos enfants HEUREUX. Et de voir les enfants des autres heureux par la même occasion.

Je passe 80 % de mon temps avec mes filles. Il faut savoir que toutes nos activités de loisir sont des activités pour enfants. Notre fric ( tu verrais le découvert qu’on se tape d’ailleurs) est entièrement ou presque consacré aux enfants. Comme 90 % des parents, les soldes sont des achats pour enfants. En fait, nous vivons chez nos enfants. La maison est un parc à jouets, un placard entier est consacré aux jeux , un autre aux loisirs créatifs.

Si j’assume mes enfants ? Mais personne ne garde mes enfants pour moi à part la nounou. Je n’ai eu qu’une fois une baby-sitter pour une priorité. Elles ne sont jamais gardées le soir. La grande a dû faire trois séjours chez sa grand-mère à tout casser. Nous n’avons pas une personne à demeure pour préparer les repas, laver et coucher les enfants comme cela peut être le cas ailleurs ( si, si je te jure ça existe ). On est loin d’êtres des assistés de la parentalité. J’ai fait 5 ans de traitements, deux ponctions FIV, une ménopause artificielle de six mois après une opération, j’ai fait une fausse couche, j’ai eu des nausées gravidiques, j’ai failli crever de mes crises d’endo, j’ai vu le fauteuil roulant de près quand Lana avait 5 mois, je me suis occupée des mes filles alors que j’étais en train de crever d’une pneumonie, alors me dire que je n’assume pas mes enfants, c’est plus que lamentable. C’est plus qu’une offense.

j’ai je ne sais combien de bouquins sur la parentalité bienveillante, positive, machin-bidule et trucmuche. En revanche, tu sais quoi, je n’en ai aucun ( c’est un appel du pied aux éditeurs, une idée comme ça) pour éduquer les adultes et leur apprendre à laisser les parents guider leurs enfants comme ils peuvent. Du mieux qu’ils peuvent. En donnant le meilleur d’eux-mêmes. Et nous faisons des erreurs, mais personne ne fera mieux que nous. Parce que personne ne connaît mieux nos enfants que nous. Même Filliozat. C’est ce que j’aurais aimé que mon mari explique à ce cher monsieur. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour que ces petites soient heureuses et qu’elles apprennent à bien se comporter, de leur propre chef. Quand ma grande fait une bêtise, elle revient souvent d’elle-même s’excuser quand elle voit les conséquences. Elle répare d’elle-même. Souvent aussi elle n’en est pas capable. Mais tant pis. J’attends qu’elle le devienne. Ça ne servira qu’à la braquer si je l’oblige. Vouloir les plier à des règles de vie d’adulte ne fait pas partie de nos choix, surtout avec des enfants de 2 et 4 ans, fatiguées et privées de sieste depuis deux jours.

Ah, et puis, au fait, un détail comme ça : les personnes qui ont demandé à changer de table étaient très gênées. Par la fumée de cigarette. Quand un adulte se permet de fumer dans un lieu public rempli de gamins, ce ne sont pas les enfants qui sont en tort. Mais le fumeur. Si quelqu’un  venait me dire que mon enfant dérange je lui dirai simplement d’aller ailleurs. Qu’il change de table, je m’en fous.

Nous avions passé une excellente journée, ensoleillée et pleine de rigolades et de découvertes. Je ne vous remercie pas de nous l’avoir gâchée. Heureusement que ma grande n’a rien entendu de vos vilaines paroles à son égard, elle qui était si heureuse de s’occuper d’une petite fille et de prendre soin d’elle . J’ai passé la nuit à pleurer. Ma petite également. Si la bonne éducation c’est pourrir la vie des enfants en les rendant malheureux, les entendre s’endormir avec des spammes du sanglot, je choisis définitivement la mauvaise éducation. 

 

 

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