Un été près du lac : un roman captivant

IMG_20171008_140537Cela faisait bien longtemps qu’un roman ne m’avait pas obsédée à ce point. Cet été, je t’ai parlé de romans que l’on prend plaisir à lire et que l’on veut continuer coûte que coûte malgré le temps qui manque. Un été près du lac fait partie de ces romans que tu ne veux pas lâcher mais qui, pernicieusement, se glisse dans ta vie et ne quitte pas tes pensées. Tu te mets à réfléchir aux personnages, à essayer de comprendre leur psychologie et leurs actions, tu fais des suppositions sur la suite… Un été près du lac m’a d’ailleurs donné envie de lire une histoire en plusieurs soirs à ma grande fille pour qu’elle puisse développer aussi ce goût que l’on acquiert avec les livres longs : retrouver l’histoire, anticiper, faire des suppositions et découvrir …  Et tu comprendras plus tard en poursuivant cet article pourquoi … Pourquoi la lecture d’Un été près du lac trouvera forcément un écho en toi si tu es maman de deux petites filles, comme moi…

Allez c’est parti , je t’emmène dans le Minnesota…

Justine vit avec Patrick. Un deuxième amour, ou du moins un deuxième homme dans sa vie après le départ de Francis, le père instable et alcoolique de ses filles, Angéla la petite et Mélanie la grande. Justine a vu en Patrick une sorte de sauveur : elle ne savait pas bien comment elle ferait pour garder son appartement après le départ de Francis. La précarité financière dans laquelle elle se trouvait lui fit prendre rapidement la décision de laisser Patrick s’installer avec elle. Mais en quelque jours, tout bascule : un cambriolage d’abord, lui fait suspecter Patrick de l’avoir orchestré, pour une raison obscure. Puis un appel : sa mère, qui vit comme une Bohémienne court les routes qui ne se fixe nulle part, et lui a offert une enfance de grand chemin, lui annonce que Lucy l’a choisie, elle, Justine, comme unique héritière. Outre une somme d’argent et des actions, Justine hérite de la maison près du lac. Elle décide alors sur un coup de tête de mettre toutes les affaires de ses filles et d’elle-même dans la voiture et de s’enfuir sans prévenir Patrick. Un départ précipité dont elle connaît tous les rouages puisqu’elle-même fuyait ainsi du jour au lendemain les villes où elle s’installait avec sa mère, sans laisser d’adresse, en  » secouant bien la poussière de ses chaussures » pour oublier les souvenirs… Mélanie et Angela, en revanche, ne se font absolument pas à ce départ et l’arrivée dans une maison glaciale qui ne connaît rien au confort moderne n’est pas pour arranger les relations difficiles de Justine avec son aînée.

IMG_20171008_140524Ce premier récit s’intercale avec celui de la fameuse tante, Lucy. Lucy écrit, aime écrire et lire et a travaillé dans une bibliothèque. C’est une érudite, comme son père, un homme strict, austère, plus censeur que philosophe. Le récit de Lucy commence l’été de ses douze ans. Cet été-là, sa grande sœur Lilith bascule dans le monde de l’adolescence et fuit son enfance et sa complicité avec Lucy. Lilith connaît les premiers flirts, aime être admiré par les garçons. Lilith est la grand-mère de Justine. Cet été-là, Lucy va se lier d’amitié avec le voisin, Matthew qui a à peu près le même âge qu’elle. Il lui fera découvrir la forêt près du lac, un univers fantomatique où règne de nombreux mystères. Cet été-là, la plus jeune sœur Evans, Emily, 6 ans, la préférée, la petite poupée avec laquelle dort sa mère, va disparaître. On ne la retrouvera jamais.

Et puis, il y a Maurie qui débarque pour Noël, dans la maison familiale où Justine s’est réfugiée. Il y a Matthew et son frère qui n’ont jamais quitté la région, et il y a Emily, celle que Lucy a créé dans ses contes, ses contes compulsés dans de petits carnets, des dizaines de petits carnets que Justine lit avec ses filles le soir ( Là tu comprends pourquoi j’ai repris plaisir à lire des livres avec ma grande, surtout en m’arrêtant au milieu des histoires…). Trois générations de femmes, aux nombreux secrets. Mélanie est alors fascinée par le destin d’Emily alors que Matthew voit de nombreuses ressemblances entre les sœurs Evans et les deux filles de Justine.

Il y a les hommes également, étranges, proches du pervers narcissiques, autoritaires, voulant toujours tout contrôler. Le père de Lucy, mais également Patrick qui ira jusqu’à fouiller les factures téléphoniques pour retrouver la trace de Justine. Les informations sur ces personnages sont distillées au compte-goûte, au fr et à mesure de la lecture, ce qui entretient un suspense à la fois très fort mais aussi un peu agaçant. Tu te demandes sans cesse  » mais pourquoi enfin quitter Patrick qui a l’air au départ si parfait ? » ou encore  » mais pourquoi la petite Emily tente d’elle d’échapper à la surveillance maternelle? » ou encore  » Matthew est-il un homme de confiance ? Ne serait-il pas impliqué dans la disparition d’Emily?  »

Il y a la mère Evans aussi, la première d’une longue lignée de femmes, qui panique dès qu’Emily s’éloigne à plus de deux mètres d’elle et qui dort avec, qui la surprotège jusqu’à l’étouffer… peut-être.

Outre les événements, j’ai adoré le style et la structure narrative de ce roman. le risque avec les doubles narrations, c’est de s’y perdre. Ma première expérience de double narration était E=MC2 mon amour. Depuis, j’ai gardé un véritable goût pour ces romans à deux voix, à condition qu’on sache qui est qui. dans Un été près du lac, hormis le nom des chapitres, tu ne peux te tromper : narration à la première personne, l’été, le style d’un côté. narration à la troisième personne, l’hiver, une écriture différente pour l’autre. Les deux récits ne déméritent pas. Tu penses préférer l’un au début et finalement tu te surprends à les aimer autant l’un et l’autre et à ne pas vouloir sauter aucun chapitre ( ce qui est toujours le risque d’une double narration). Le style est fluide mais le vocabulaire recherché et précis, très littéraire. Il y a par ailleurs un récit imbriqué, celui des contes de Lucy mettant en scène Emily et qui recèle en eux bien des secrets, bien des clefs pour comprendre ce qui arrivé à cette enfant.

Enfin, c’est un premier roman, d’une femme américaine qui a décidé de suivre ses rêves. Cela m’a aussi beaucoup plu.

Cours vite découvrir ce roman de Heather Young, sélectionné au prestigieux prix du polar américain Edgar Award. Des sentiments, du palpitant, une psychologie fine, un style élégant et sûr, du suspense, des personnages attachants… Tout y est !  Avec cette belle mélancolie de l’été qui sied parfaitement à cette fin de mois d’octobre …

Heather Young, Un été près du lac

Edition Belfond, collection Le cercle

(Merci à eux )

21,50 euros, 380 pages.

En vente ici 

 

4 commentaires

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