Ce soir, on regardera les étoiles …

img_20180317_0830051.jpgQuand j’ai vu pour la première fois la couverture de ce roman, j’ai tout de suite contacté Belfond pour  faire partie du book club. Chaque mois, l’éditeur propose une rencontre avec un auteur et cette fois, en février, nous devions discuter de ce roman.

Mais ce n’est pas vraiment un roman, c’est une histoire vraie, un témoignage sur l’émigration. Deux enfants de Kaboul perdent brusquement leurs parents dans un bombardement. le plus grand décide qu’il faut fuir et organise avec des amis de la famille leur émigration. Parce qu’ils sont la proie des talibans : s’ils restent, on fera d’eux des enfants soldats. Rejoindre, l’Irak, puis la Turquie, puis la Grèce. Voici le périple que raconte ce roman.

On ne s’imagine pas l’horreur de l’émigration. On imagine des gens cachés dans un véhicule, bien à l’abri, pouvant manger, dormir, faire leurs besoins.  Ali et Mohammed commencent le voyage attachés sur le toit d’un camion. On ne peut pas faire pipi, si on vomit, ça se voit et on est trahi. On ne boit pas pour ne pas faire pipi, on ne mange pas. Imaginez vous ballotté sur le doigt d’un camion, ligoté, il faut trop chaud le jour, trop froid la nuit. Vous ne pouvez même pas faire vos besoin. En enfer.

IMG_20170818_190033
Les cerfs-volants de Kaboul, l’autre rive de la Grèce… cette photo me fait penser à Al►1 : le souvenir du passé mêlé à la promesse de l’avenir. 

On est loin des descriptions de voyage des migrants faits par certains. Quand tu entends parler les gens, certaines personnes, tu as l’impression que les migrants font du tourisme et qu’ils ont la belle vie. La malnutrition, la déshydratation, la saleté, les poux, les risques sanitaires de toutes sortes, la violence entre migrants… Ali ne peut, à un moment du voyage, ne boire que l’eau salée , parce que c’est la seule à laquelle ils ont accès !

Et il y a ce déracinement, tous ces migrants ne rêvent que du retour, amis ne pourront jamais. Ils pensent à leur famille, la cuisine de Kaboul, le Bolani comme on rêve d’une baguette française. Ils ont fait le choix de vivre mais doivent sacrifier beaucoup. J’ai été beaucoup touchée par ce père qui ne peut même pas reconnaître son fils sur la photo d’un groupe d’enfants , parce que les années se sont écoulées et qu’il ne l’a jamais revu. Mohammed et Alí sont ainsi accueillis par les autres migrants comme des facteurs du bonheur… ou de la tristesse. Mohammed explique à son frère  » Il ne faut pas tout dire ». Il faut mentir, parfois, tellement la réalité de Kaboul est terrible.

La dignité toutefois, n’est jamais sacrifiée : Alí et Mohammed ont appris de leurs parents à ne pas accepter ce qu’on peut leur donner. On peut leur faire payer, leur demander une contre-partie. la dignité du pauvre m’a fait penser à José Mauro de Vasconcelos, avec Mon bel oranger ou Allons réveillez le soleil. La fuite de la guerre m’a rappelé Un sac de billes de Joseph Joffo. On pense aussi à Les cerfs-volants de Kaboul et d’autres récits de cette guerre atroce.

Rien ne te sera épargné dans ce récit, fort bien écrit, du point de vue d’un enfant de 8 ans à 11/12 ans. Alí m’a émue aux larmes bien des fois. Il n’arrive pas à assimiler dans sa tête le décès de ses parents, même quand ils voient leur corps. Il a peur de les oublier. Il est sous le choc et restera à jamais sous ce choc. Il n’est qu’un enfant, mais un enfant qui n’a jamais connu la paix : la guerre c’est sa vie, son quotidien. Imaginez-vous ne jamais avoir connu l’électricité. Il découvre par exemple la radio, la télé, les portables. Plus son voyage avance vers l’Europe et plus la civilisation est une découverte extraordinaire pour lui. Mais les malheurs continueront à s’abattre sur lui. Il faut continuer de fuir : le racisme, les dangers. Essayer de se faire une place, un avenir, faire des études, avoir un métier et exister dans la société. Si Mohammed son frère veut regagner l’Europe c’est parce qu’il souhaite avoir une vraie vie, mais aussi que son petite frère si intelligent puisse reprendre les études.

IMG_20180317_083109[1].jpg

C’est un livre très dur, très sombre mais nécessaire. Il est surtout très bien écrit.  Il faut témoigner, il faut ouvrir les yeux des gens sur ce qu’est vraiment le voyage des migrants, sur ce qu’est leur vie avant d’arriver chez nous. La littérature a cette mission. Il faut comprendre combien nous avons de la chance de ne pas être en guerre, d’être libre. C’est aussi un livre sur la solidarité et l’entraide. Un remerciement à toutes les personnes qui ont aidé Alí

Ce soir, on regardera les étoiles  est un récit également d’espoir et une déclaration d’amour à Mohammed, le frère d’Alí.

A lire d’urgence.

 

Un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s