Gabriel et les pensées limitantes

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On parle souvent des personnes qui nous ont marqué-e-s  quand elles étaient exemplaires et parfaites. Ce n’est pas le cas de Gabriel et Casse-Noisette, deux sacrées numéros qui ont créé chez moi une partie de mes pensées limitantes. Ces fameuses pensées qui t’empêchent de faire ce que tu veux ou qui t’obligent à agir d’une certaine façon. 

Gabriel était un monsieur très âgé, très sale, dont la maison délabrée fort dégoûtante était visible de chez moi et surtout de l’arrêt de car que je prenais. Il habitait face à la ferme d’un  copain. Outre l’aspect répugnant de Gabriel, ses crachats, et l’odeur de la maison, l’absence d’électricité et de sanitaire, Gabriel nous faisait peur. Il était dit qu’il chassait les enfants quand il ne les mangeait pas. On se racontait à qui mieux mieux les pires horreurs en attendant le car. Remarquez qu’il avait un acolyte cette fois à trois rues de la mienne et que ma copine de car était obligée de passer devant cette maison-là. Le vieil homme leur criait dessus. On racontait même qu’il avait un fusil.

Ambiance de campagne donc, les vieux qui effraient les enfants pour les faire fuir. Dans ces deux maisons régnaient un désordre innommable. Revenons à Gabriel : des montagnes de journaux, pas de cuisine, pas d’électricité, ai-je dit, un ensemble sombre et très sale. Mais… il lisait énormément. Outre les prospectus et les quotidiens, les livres s’entassaient par piles. Il était, disait-on, très savant. Le problème c’est que dans ma famille  » savant » devenait  » fainéant »  et  » sale ». 

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Il ressemblait à ce monsieur.

Gabriel avait une cousine surnommée Casse-Noisette : elle possédait une maison et plusieurs jardins. Elle mettait des pièges à souris, mais je sis certaines qu’elle mettait des pièges à gibiers aussi. Elle ne souffrait pas la faim. Elle était aussi sale et répugnante que sa maison et que son cousin. Casse-Noisette amoncelait des tas d’objets chez elle. Elle lisait moins mais collectionnait elle aussi les prospectus. Je me souviens d’un jour où nous étions allés chez elle et qu’elle nous avait offert des bonbons qu’on n’a jamais mangé. Tout était absolument dégoûtant chez elle, jusqu’à son chignon dressé au dessus de sa tête, cheveux sales et graisseux. Mais bizarrement, je la trouvais gentille et j’aimais bien l’écouter. Elle m’intriguait. 

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Pourquoi je pense à eux ? Tout d’abord parce que je pense que la tendance zéro déchet et consommation oublie un peu trop que souvent, les objets qui créent des déchets sont aussi ceux qui permettent une meilleure hygiène aujourd’hui. Parce que si tu veux savoir le fin mot de cette passion des prospectus, c’est que ça leur servait de torche-cul. Au fond du jardin. Ces personnes n’ont jamais voulu du progrès chez eux et voilà qu’on veut revenir à ça… Pourtant, à l’époque, tout le monde se moquait d’eux. Gabriel et Casse-Noisette doivent sacrément se marrer, surtout en voyant nos DIY récup’ de bouchons, de papiers, de boîtes à œufs…  » C’était la peine de se foutre de nous » ! Et les toilettes sèchent, ça doit les faire pleurer de rire ! 

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Mais je pense aussi à eux pour une toute autre raison : la vente de leurs maisons. Je pense que tout est partie à la déchetterie, eux ( ce qu’ils savaient, et par exemple toutes ces connaissances jamais partagées), leurs prospectus mais aussi leur histoire. Et leur trésor. Gabriel, disait-on avait un fabuleux trésor caché dans sa maison. J’imagine très bien les nouveaux propriétaires chercher une cachette avec des billets, des Napoléon, des Louis… En vérité, le trésor de Gabriel c’était les livres. Peut-être y avait-il aussi une cachette pour son or, sait-on jamais. Ou le mythe qu’il a créé autour de lui. 

Une chose est sûre, c’est que je l’enviais pour ça, et que j’aurais voulu pouvoir lire tous ses livres…Et passer mes journées à lire sans voleur de temps. Aucune obligation. Rien. Le temps de lire à l’infini.  Résultat des courses, j’en ai des tonnes et des tonnes, des bouquins. Et j’ai aussi gardé ce jugement assez méchant sur les intellectuels. Alors je récure, je lave, je range et ce n’est jamais propre ( faut dire que tout est détruit en 5 minutes). Mais ah non, chez moi, mes livres ne seront pas sales comme ceux de Gabriel.

Je me demande si je suis la seule à encore penser à ce vieux grigou… 

Pour en savoir plus sur les pensées limitantes et les déloger, c’est ici :

_ Lâcher-prise

_ Etre enfin libre d’être soi-même. 

Photos libres de droit. 

 

 

 

 

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