Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique

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Balli Kaur Jaswal signe un premier roman drôlissime mais sérieux, enthousiasmant mais profond, à la fois léger, grave et sincère.

L’action se passe de nos jours à Londres, dans la communauté indienne, le Southall, un ghetto indien construit pour et par la population indienne qui a du mal à se sentir intégrée. Nikki est une jeune indienne britannique qui n’a jamais vécu dans ce quartier mais a fréquenter les quartiers londoniens. Elle a abandonné ses études de droit et a du mal à trouver sa vocation, bien qu’elle soit très engagée dans de nombreuses causes féministes.

Quand elle part mettre une annonce pour un mariage arrangé, comme lui demande sa sœur plus traditionnelle, dans le quartier de Southall, au temple, sur les panneaux prévus à cet effet, c’est bien à contre-coeur. Mais voilà qu’elle découvre l’annonce de Kulwinder. Celle-ci est chargée de mission au sein de la communauté et s’est mise en tête d’organiser des ateliers d’écriture pour les femmes. Elle cherche donc une animatrice.

Kuwinder a recopié une annonce toute faite et elle se rend vite compte en discutant avec Nikki qu’il y a une légère confusion : celle-ci pense animer un atelier artistique ! Les élèves arrivent et Nikki déchante. Ce sont des veuves, plus ou moins âgées, analphabètes, maîtrisant très mal l’anglais. Il est plus question de leur apprendre la langue et le B A BA que de raconter des histoires. C’est sans compter l’esprit déluré de ces femmes qui veulent s’affranchir du joug masculin, des tabous et de leurs mornes vies : elles ont décidé qu’elle allaient se raconter des histoires. Pas n’importe quelle histoires : des contes érotiques issus de leur imagination… ou de leur expérience.

La tâche est drôle et excitante mais aussi dangereuse : il règne une sorte de milice des bonnes mœurs, les Frères, qui surveillent et menacent les femmes. Tout est interdit : il faut porter un châle sur la tête, ne pas fumer, agir en bonne pendjabi. On découvre alors les us et coutumes d’un peuple immigré, la dépendance des femmes, la violence aussi.

Quant à Kulwindern, qui ignore tout de ces contes très très chauds, elle a perdu sa fille, Maya, dans des circonstances étranges. Nikki découvre peu à peu que les jeunes filles de sa caste ne sont pas heureuses et souvent la cible de la violence des familles et des hommes.

Ce roman m’a plu et ne m’a jamais ennuyé, je l’ai lu à une vitesse trépidante. L’héroïne est attachante, perdue mais pas trop, elle sait aussi mener sa barque et ne pas se laisser influencer. Chaque femme, dans ce récit, est touchante. Je pense à la mère et sa fille, Arvinder et Preetam qui sont toutes les deux veuves, mais se cachent tant de choses. L’atelier sera le lieu de révélations tonitruantes. je pense à Sheena, encore très jeune, condamnée à rester seule selon la tradition mais qui voit un amoureux en secret et qui cache de lourds traumatismes de son adolescence.

Les activités de Nikki m’ont rappelé le bon vieux temps des ateliers FLE et des ateliers d’écriture, menés de front au lycée de Reims où j’étais avant. J’avais enrôlé les élèves étrangers pour qu’ils viennent aussi écrire des nouvelles et nous échangions sur les us et coutumes des USA, de l’Allemagne mais aussi du peuple kurde ou chinois. J’ai découvert des tonnes de choses sur les Indiens, Londres… C’est absolument passionnant et l’on mesure alors sa chance d’être libérée délivrée !

La morale, enfin, est fort intéressante : ces femmes apprennent à être fières d’elles, à assumer leurs idées et à ne pas céder. Et puis, celle qui sauve et sauvée. Celle qui ouvre la voie trouve sa voie dans la voix des femmes. C’est magnifique.

Le club des veuves est un magnifique roman, féministe et trépidant, une sorte de Mille et une nuits indien, aux allures de kamasutra, un roman policier aussi, un roman de revendication.
Décidément, le book club est une collection magnifique, je l’adore !

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