La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose

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J’ai déjà écrit cette chronique cent fois dans ma tête tant ce roman m’a émue et bouleversée. Je l’ai lu en 3 jours, c’est te dire : retrouver un tel rythme frénétique de lecture en été malgré les filles et le soleil, c’est le signe que je ne pouvais plus lâcher ce livre. Comment ai-je pu passer à côté du talent de Diane Ducret jusqu’alors ? Je l’ignore.

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose n’est pas un roman feel good qui surfe sur la vague de la mode; Je tiens à le préciser dès le départ, parce qu’entre le flamant rose, la typographie, le titre à rallonge façon proverbe, on peut confondre. Non, Diane Ducret ne va pas t’énoncer toutes les lois de l’univers et celles du développement personnel, tentant de te donner la leçon de la vie malgré la sienne; Non, Diane Ducret n’a pas choisi le flamant rose comme emblème suite à sa déferlante sans fin dans le monde de la déco depuis 2005.

Ce roman est une histoire sincère, une auto-fiction qui vient du cœur, où tout est dit sans moralisation, où tout est raconté sans plainte, où tout est confié sans larmes amères ou déferlantes tragiques. Ce roman, c’est son histoire. Elle ne le dit pas, elle nomme son personnage Aiden, Eden mais aussi, il ne faut pas avoir fait lettres sup’ pour le voir, l’anagramme de Diane. Diane qui se fait justice et qui rend justice à ceux qui l’ont fait grandir défaut de l’avoir aimé pour de vrai, pour qui elle était.

Aiden est écrivain et se rend sur un plateau télé polonais quand elle reçoit un appel de celui qu’elle croit aimer et qui la largue à coup de phrases toutes faites ( je ne te mérite pas, c’est trop, tôt, je ne suis pas prêt et patati et patatras). Dès les premières pages, tu sens dans le style ce talent incroyable de narrer sans tomber dans l’explicatif, qui manque à tant d’auteurs aujourd’hui. Tu sens la vérité dans chaque virgule et cette force incroyable qui permet encore de saisir l’ironie par le jeu de mots et de te mettre sous le nez.

La vie elle aussi à le goût de l’ironie tragique. Aiden reçoit un autre appel : celui de sa mère, qui veut la voir, après des décennies d’absence parce qu’elle a un cancer et va mourir dans quelques jours.

Aiden retrace alors son existence, sans complaisance, avec sensibilité mais pas sensiblerie, avec justesse, avec le cœur, avec les lames du couteau aussi qui lui fait tant de cicatrices et le goudron des erreurs qui t’arrache les plumes roses de ton pelage de flamant rose. Ce flamant rose, il est partout : ce n’est pas un titre prétexte. Il est dans le zoo où sa mère l’emmènera un jour, sur l’enseigne de la boîte de nuit où elle finiront la nuit, il est le totem d’Aiden : il est à la fois élégance, exotisme, et à la fois une insulte à toutes les lois de la gravité et de la logique. Comme Aiden.

Comment grandir sur ses deux jambes quand on a que deux tuteurs bancals comme adjuvants, quand la mère est déplorable à défaut d’être éplorée, le père absent et fantomatique ? Comment grandir quand tout est fait pour vous garder enfant, petit, malléable ? Comment grandir dans l’ombre d’un oiseau de nuit dont on craint que vous ayez hérité du pelage et des envies ?

Après avoir essayé la course, le saut d’obstacle, la fuit en avant et l’immobilité, Aiden trouvera sa démarche, celle du flamant rose …

Dans ce roman, on comprend tout d’une âme si forte et fragile, on se retrouve soi-même quand on ne s’en doutait pas : dans une émotion un événement, un accident, une file d’attente. On comprend aussi que personne n’est si gentil ou tant méchant qu’il n’y parait. On comprend le pardon, la réécriture, la nécessité de la fiction et du refuge, de l’autre côté du miroir. Et l’on se sent aussi un peu exotique, exilée, comme Aiden sur la terre, tombée du ciel au mauvaise endroit.

Merci Diane Ducret, du fond du cœur, pour ce roman magnifique.

J’ajouterai que ce roman peut être lu par les jeunes filles et les mamans, les trentenaires et les mamies et qu’il peut donner lieu à de belles discussions en famille.

Diane Ducret, La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Flammarion, 2018.

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