L’île aux enfants

img_20190404_1522491144066273.jpgC’est un roman d’Ariane Bois, dont le titre pourrait faire sourire, si la réalité qui y est racontée n’était pas celle très sordide d’un secret d’Etat, d’un rapt d’enfants organisé par un ministre. C’est un roman, c’est un témoignage, c’est l’histoire miroir de celle de mon ami Tinan qui vivait en Haïti et qui, lui aussi, a été déraciné, sauvagement arraché à sa famille, dans un consentement obtenu par manipulation et tromperie.

Sur l’île de la Réunion, dans les années 80, Pauline et sa sœur Clémence coulent des jours heureux , dans leur famille, malgré le travail et la pauvreté. Elles ont une famille : papa, maman, grand-mère. Elles sont heureuses sous la pluie et elles ont la bouche pleine des fruits de l’île.

Mais une camionnette rouge vient faucher les enfants, les enlever. On l’appelle la camionnette fantôme. Un jour, Pauline et Clémence sont faites prisonnières et conduites dans un centre avec des sœurs qui leur promettent monts et merveilles. Puis elles sont emmenés en France et séparées. Clémence est adoptée. Pauline est conduite dans une famille d’accueil de la Creuse. La famille est gentille avec elle, peu ou prou. Mais le fermier fait travailler d’autres enfants, dont un petit Gaëtan, de la Réunion lui aussi. Pauline est heureuse de se lier d’amitié avec lui. Gaëtan vit dehors et ne mange pas à sa faim. Après une fugue et une tentative de suicide du garçon, les services sociaux décident de déplacer Pauline et de la faire adopter.

Elle devient une autre, elle devient docile, par de nombreuses péripéties. Mais sa vie est jalonnée de malheurs, de souffrances : rejetée, malmenée, violentée, Pauline garde en elle une blessure profonde que tout ravive. Elle a seulement tout oublié.

C’est sa fille qui, après avoir entendu cette histoire d’enfants volés par la France, va mener l’enquête.

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Tout sonne vrai dans ce roman, qui m’a beaucoup fait pleurer. Le ton, le style, le rythme, les péripéties. Cela retrace exactement le parcours des enfants adoptés ainsi et qui cherchent leurs racines; La détresse de Caroline, la fille, celle de Pauline devenue une autre, sont tellement touchantes et similaires à ce qu’a pu raconter mon ami dans Magnitude 7.3., un livre que je te conseille vivement.

La question de ces adoptions sans le consentement réel des parents, bernés, pose de nombreuses autres questions : faut-il rester dans la misère mais avec ses parents ? Peut-on être plus heureux ainsi qu’en métropole ? Était-il légitime de vouloir rendre heureux des enfants par la richesse financière et en les déracinant ? Ce bonheur est-il vrai ? Ce sont des questions que mon ami Tinan, enlevé à sa famille en Haiti et adopté on ne sait comment, posait sans cesse. Pour lui, il était clair qu’il aurait été plus heureux en Haïti, même si en France il a eu la chance de faire des études, d’apprendre le piano, la danse, le jeu d’acteur et les Sciences.

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C’est difficile de savoir, c’est vrai, mais rien ne peut pardonner la manipulation, la tromperie. Notre pays, la France, a menti à des milliers de familles et leur a arrachés leurs enfants alors que les assistantes sociales avaient promis qu’ils reviendraient.

Il y a plusieurs soleils sur une île,  celui du cœur des parents est celui qui réchauffe le plus fort. Bien évidemment, ceux qui reviennent sont montrés du doigts. De quoi se plaignent-ils, ils ont tout eu. Ceux qui sont restés envient ceux qui sont partis et les regardent avec soupçon. Mais il y a avoir et avoir, il y a  posséder financièrement et être dépossédé. Il y a avoir une situation et être soi, savoir qui on est. Cette déchirure ne peut pas être réparée. On ne rapièce pas l’âme des gens.

C’est donc un magnifique roman, à lire absolument, pour en savoir un peu lus, sur l’injustice, le manque de clairvoyance, d’un pays, qui s’est sans doute lui-même trompé.

C’est un livre nécessaire, indispensable qui raconte l’impensable, une sorte de traite des enfants, de déportation, d’abus de confiance.

Il n’y a pas de plus grand besoin que l’amour de ses parents quand ils sont bons.

Ariane Bois, L’île aux enfants, Belfond, coll. Pointillés. 19 euros 

La fiche du site criminocorpus que je consulte énormément pour mon roman et ma future pièce de théâtre. 

Le roman et l’auteure sur le site LISEZ ! 

Les deux photos proviennent de PIXABAY.

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