Oublier mon père de Manu Causse

img_20190127_22373246776541.jpgVoici un roman déstabilisant sur un sujet grave : la maltraitance maternelle et la manipulation. Un roman déroutant par le ton et le style, à tel point que j’avais lu d’un critique littéraire que c’était autobiographique… Il n’en est absolument rien.

Dans les années 90, dans le sud de la France, un jeune garçon passe du temps avec son père : celui-ci est passionné de ski et de photographie. C’est une sorte de héros, un héros un peu fébrile, un héros lâche aussi, qui laisse la famille de sa femme et sa femme elle-même punir le jeune garçon pour avoir attrapé une gastro. Oui, quand même.

Le père tient à disputer une grande course, la Vasaloppet, mais c’est surtout avec sa femme qu’il se dispute. Lui est plutôt éducation bienveillante et elle coup de mandale dans la gueule. le petite garçon est fils unique, il ne fait rien de mal, mais elle lui casse ses jouets par plaisir et l’accuse. Le Père part en Suède pour la course et ne reviendra jamais : il est mort dans un accident de voiture; la vie d’Alexandre, le petit garçon devient alors très  sombre : coupé de ses grands-parents paternels puis maternels, il subit sa mère et ses folies. Lui-même est pris de crises de vomissements inexpliqués, de vertiges, de migraines. Elle est documentaliste dans un collège où il est maltraité par les autres du fait de son physique ( gros à boutons) et de son peu de sociabilité.

Le récit de l’enfance est entrecoupé de celui de l’adulte, en Suède, sur les traces de son père. Sur les traces d’un père dont il ignore tout, dont la mémoire a été bafoué par une mère cinglée et malveillante, une mère maltraitante et menteuse. Possessive et aliénante. Abusive, qui détruit la vérité et s’arrange avec des mensonges pour manipuler son fils.

Les femmes dans la vie d’Alexandre n’arrangeront pas forcément tout : construire son identité d’homme sans son père, dans la souffrance et l’isolement forcé, c’est difficile. Alexandre est devenu photographe, pas de la façon dont il aurait souhaité : un photographe médiocre, qui vend des appareils et fait des tirages. Il lui faut s’affranchir du passé pour gagner la sérénité. Le corps dit ce que l’âme refuse de voir.

Le ton de ce roman surprend. Tout y est raconté par Alexandre avec un détachement, une sorte d’objectivité assez déstabilisante. Le narrateur Alexandre a ce ton décalé du réel qui montre combien l’enfant ne perçoit pas la réalité et le monstre qu’est sa mère; Pour lui, c’est normal, ça doit bien être comme ça chez tout le monde; Le lecteur quant à lui, bondit sur son siège, de révolte. Mais finalement, c’est le propre de tout enfant maltraité : on croit que c’est comme ça, et puis c’est tout, et on se culpabilise.

J’avais déjà adoré Le bonheur est un déchet toxique, j’ai adoré également Oublier mon père, pour sa vérité crue, son sens du réel et ce ton étrange, comme si Alexandre était étranger à lui-même. L’auteur s’est dit inspiré par Bazin ( le sujet sans doute, et le personnage de la mère Folcoche) et Carrère (cette écriture blanche héritée de Camus, L’étranger). C’est parfois glacial comme un paysage Suédois, mais  aussi réconfortant qu’un feu de cheminée. Un roman qui ne vous laissera pas indifférent et qui vous fera réfléchir à votre propre quête identitaire et malheureusement vos propres traumatismes. Un roman cathartique, en somme.

 Oublier mon père de Manu Causse, Chez Denoël, 20 euros. 

Le site-atelier de l’auteur. 

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