Ce qui m’est arrivé

Depuis quelques temps, tu as sans doute remarqué que les articles étaient maintenant audio-numérisés. J’ai passé trois semaines allongée, et je passe encore le plus clair de mon temps dans un lit. Mais que s’est-il passé ? L’enfer.

J’ai une récidive d’hernie discale depuis 6 ans. En fait, un mois après l’opération précédente, j’ai eu une récidive. On m’a diagnostiqué un syndrome de déficience posturale qui pourrait être l’origine de toutes ces hernies discales. J’ai des semelles, et des lunettes à prisme et je suis RQTH depuis 1999. C’est un handicap invisible. Comme toujours dans ce genre de situation, soit les autres s’en foutent, soit ils pensent que tu exagères : ça ne se voit pas, ça n’existe pas. Alors évidemment, on arrête pas de pousser le bouchon. C’est la famille, les amis, les collègues, la direction … Dans ma vie, de 16 ans à maintenant j’ai toujours entendu  » tu peux bien le faire ! » alors que non. Ou  » si tu es handicapée pour porter des charges alors tu n’iras pas à la mer avec nous ». Ben oui, évidemment, on punit la personne handicapée ( en vérité ce n’était pas aller à la mer, c’est autre chose et c’était ma propre mère).

Bref, Marcel et Raymond, collègue, enfant, élèves, et même conjoint, ont poussé le bouchon au bord du précipice. Sans en être conscient car on ne se rend pas compte. Ce sont des réunions, des rendez-vous, des problèmes à résoudre, des trajets à pied avec des sacs. Rien d’extraordinaire.

Et c’est ainsi, qu’après plusieurs semaines de trime intense, de course à droite à gauche, alors que j’allais plutôt bien la veille et que même, le soir je n’avais pas mal au dos, après une soirée merveilleuse avec mes élèves ( mais une journée de boulot entière de 9h00 à 21h30) je me suis retrouvée bloquée du dos. Les journées de festival, le décès de Timéo, les filles et leurs crises, le stress de voir ou non les spectacles terminés ( ils l’étaient mais je n’ai pas vu le deuxième le soir de la représentation), ça a du faire trop.

Eh oui, on trime comme des tarés en mai, on gagne aucun argent supplémentaire pour la sueur de notre front. Toute ma vie j’ai entendu les autres me traiter de feignasse, se plaindre de gagner peu d’argent à la sueur de son front ( au passage la personne en question travaillait de 14:00 à 17:00 sans copie à corriger et avec un jour de repos ! ) Et pourtant. . . Les preuves sont là. On ne monte pas deux spectacles de presque zéro en sirotant des mojitos. Je ne corrige pas les copies en les jetant du haut d’un escalier. Bref, ça tombe pas du ciel et personne ne le fait à ma place. Alors einh, la feignasse en a ras le rachis. Visiblement.

Donc mon corps a bloqué. Mais bon, dos bloqué, inflammation de la hernie, des nerfs ( sciatique, cruralgique, pudental) je connais. Je ne me suis pas étonnée outre mesure. C’est quand je me suis rendue compte que la douleur empirait quart d’heure après quart d’heure que j’ai trouvé ça louche. Et puis d’un coup, à 14h00, je ne pouvais plus marcher, je traînais ma patte, je ne pouvais plus m’asseoir. Mon mari est venu me chercher à 15h30, j’ai voyagé allongée. Il a dû chercher la voiture après, en vélo. J’ai passé une soirée atroce, je n’ai pas vu mes élèves jouer ( frustration intense). Et je ne pouvais pas prendre d’anti-inflammatoire car je passais une IRM le lendemain. J’ai appris par la suite que c’était des conneries mais c’était marqué sur mes ordonnances. Ils ne sont même pas d’accord entre eux dans le service.

Le lendemain, visite médicale et IRM. On m’a apporté un brancard et j’ai bien apprécié. Le jeudi Médecin. Rien n’avançait, même avec les antinflammatoires, c’était de pire en pire, et c’est ainsi que je me suis retrouvée sous morphine, avec le pied gauche que je ne sentais plus, et une perte de force importante. Quand je m’accroupis, ma jambe s’écroule et je tombe. Quand je marche, ma jambe se tort et je tombe.

J’ai rencontré la semaine suivante le neurochirurgien qui a refusé de m’opérer alors que je pensais qu’il le ferait en urgence. Pour lui, c’était trop dangereux, il n’y aurait pas de bénéfice à opérer. Moi je reste sans voix : il me reproche d’être venue  » trop tard » ( c’est sans doute moi qui fait son agenda ?) alors que la dernière fois on m’avait dit  » faut tout tenter avant d’opérer » et quand je dis « on », c’était LUI ! J’étais trop jeune pour opérer, suis-je devenue trop vieille en 4 ans ???? Finalement, ayant été opérée trois fois, déjà, il estime ( et il ne l’estimais pas il y a 4 ans) que c’est trop dangereux.

Retour chez moi, dégoûtée.

Mais ce n’était pas terminé, car rien ne m’a été épargnée.

Le moindre bruit, la moindre querelle des enfants résonnait dans mon corps et se transformait en feu.

J’ai passé un electromyogramme qui a révélé que tout venait du rachis et pas d’ailleurs. C’était une piste paraît-il. C’était très douloureux comme examen. Et j’avais des nausées. J’ai passé une heure allongée dans un couloir.

Me voilà alors avec une gingivite qui a commencé quasiment en même temps. Bon. Rien d’affolant. Sauf que cela se met à enfler, et à former un abcès. Je fais saigner, ça soulage. Et puis ça ne veut plus saigner, ça ne draine plus, ça gonfle et je me retrouve avec un œuf de caille, une mâchoire qui ne veut plus s’ouvrir. Antibiotiques.

J’ai vécu l’enfer.

Là dessus, une hypothèse est émise: ce serait une bactérie qui atteint la peau et les hernies discales. C’est un truc d’ado au passage.

Sauf que… je ne supporte aucun antibiotique. Nausées, migraines, hypertension, rien ne m’est encore épargné histoire que je souffre bien le martyr.

Fort heureusement les 6 ou 7 jours de traitement suffisent à soigner l’abcès.

Nous en somme là au 10 juin, quand cela commence enfin à aller mieux. Chaque jour, j’ai marché un tout petit peu, avec une jambe qui s’effondre et me fait souffrir le martyr passé quelques mètres. Mais les risques de phlébite existent. Dès que j’arrive, je m’allonge. Par terre s’il le faut. Je reconduis un tout petit peu. J’ai pu aller chez le dentiste pour faire une radio. Pas d’infection pour le moment sur les clichés. On attend de voir. Et là je viens de me rebloquer le dos en m’acroupissant. Je te parle de mes chaussettes ? Bon ok, vivement l’été.

J’ai arrêté la morphine, le sevrage a été hyper pénible, avec nausées ( encore) et douleurs, migraines ( encore). fatigue. J’ai somnolé pendant trois semaines avec et sans morphine. J’ai eu des suées, des tremblements, tout ce que tu veux. Je prends d’autres médicaments, je ne peux pas me passer d’un antidouleur.

J’ai besoin absolument d’une chaise assis-debout pour mes activités quotidiennes ( même me coiffer) et j’ai donc fait une demande à la MDPH. J’attends…

Je me suis équipée d’une canne, car comme Jacques je chancelle, et je ne marche pas tout droit ! Paix à l’âme de Cloclo . Elle est classe ma canne on dirait Docteur House et Frida Kahlo.

Quant aux séquelles, et bien, je pense qu’elles vont rester, à part si l’infiltration fait effet, mais j’ai de gros doutes. On verra. Je ne pourrai de toute façon plus faire de nombreuses choses. L’infiltration, ça traite une inflammation, mais le problème mécanique, la hernie, tout ça, ça reste là. Se laver, s’habiller, c’est compliqué. Faire les courses c’est fini. Le ménage, c’est fini, et il y a 2 mois de délai pour une aide ménagère sur prescription médicale. Nous vivons dans un beau pays avec 7 mois d’attente pour voir un neurologue, un oncologue et 9 mois pour le dentiste. Magnifique.

Tiens, au passage, les produits nécessaires à l’infiltration est en rupture de stock j’ai failli être obligé de la reporter. évidemment j’ai rappelé l’opératrice pour lui dire que c’était impossible et elle m’a trouvé une boîte en urgence.

Le handicap nécessite toujours quelques aménagements matériels.

Je me suis installée un bureau debout avec une table à langer, voilà ce que ça donne ! J’attends la chaise avec impatience ! Concrètement, je ne peux me servir de ce poste de travail sans ce siège.

J’ai acheté un truc qui vibre pour me soulager. Au début j’en faisais 4 fois par jour alterné avec le TENS, car la morphine ne suffisait pas !

Enfin, je te présente Gertrude ma table de lit, qui peut aussi servir à réhausser un ordi posée sur une table. On s’équipe, on se débrouille.

Je sors de cette histoire traumatisée psychologiquement. Je n’a rien fait, rien fait de mal, je n’ai pas cherché la merde en faisant des trucs qu’il ne fallait pas. Oui, j’ai beaucoup bossé et c’est comme ça au lycée en mai. J’allais très bien lundi soir, c’était même une superbe soirée de satisfaction. C’est beaucoup de travail pour faire un beau spectacle comme ça, avec des comédiens souvent débutants en tout cas des ados.

Et puis évidemment, il y en aura toujours pour dire que je suis encore absente, que c’est du cinéma. J’aimerais tellement refiler mon handicap à certains.

Je ne comprends pas pourquoi ça tombe toujours sur les mêmes. Et j’en ai ras le bol. Je passe mon tour pour 2019-2020. Et je dois aussi vous dire que cette année d’avant réforme a été abominable. J’ai fait de la tachycardie de octobre à maintenant, j’ai dû supporter des pressions, on a eu une ambiance de merde toute l’année et l’année qui arrive sera merdique également.

Mais une chose est sûre, cette année, je ne transigerai en rien sur mes aménagements. J’avais cours tous les mardis de 9h00 à 17h35, ça n’a franchement pas aidé, c’est certain. Mon accident de travail ( merci la réforme Blanquer encore une fois) non plus.

Bref je vais conclure : j’ai eu une année de MERDE. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est à moi de décrypter le message de l’univers. Dieu a déserté depuis longtemps.

2 commentaires

  1. Oh là là je suis tellement désolée pour vous et je compatis. Je souffre aussi de douleurs récurrentes pour lesquelles on ne trouve ni diagnostic ni solutions. On dit que la médecine est un art et non une science et que les médecins font avec les outils dont ils disposent mais force est de constater que pour les maladies et douleurs chroniques, ils semblent bien dépourvus et que c’est pénible pour nous de supporter la douleur. Je vous souhaite bon courage et vous envoie plein d’ondes positives.

    Aimé par 1 personne

    • Merci et bon courage à vous aussi. Moi je me suis tournée vers les médecines douces. Mais dans ces cas extrêmes rien n’y fait et il y a aussi des extrémistes dans ces filières la des gens qui s’imaginent qu’on peut tout guérir avec trois gouttes d’huiles essentielles ou encore et c’est bien pire des gens qui s’imaginent que tout est dans la tête et qu’on peut tout expliquer comme ça cela je ne peux plus j’en ai ras-le-bol

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