Trauma

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Si tu as suivi mes aventures, tu sais que le mois de mai n’a pas été des plus sereins dans ma vie. Ni le mois de juin d’ailleurs. Le deuil des filles pour Timéo, la crise du 21 mai, celle du 20 juin durant laquelle j’ai failli crever. Bref…

Je n’ai jamais vraiment réfléchi à ma propre mort. Il y a bien eu cet épisode en décembre 2012 et cet autre en décembre 2016. mais dans les deux cas, si j’étais extrêmement mal, je ne me suis pas vue  » partir » . J’ai souffert énormément, je ne pouvais plus respirer au moment de la pneumonie, mais rien de comparable avec ce qui s’est passé le 20 juin.

Le 20 juin, j’ai eu un épisode qui me fait douter énormément de ce qui se passe après la mort. Au milieu de ma crise de convulsions, j’ai eu un trou noir, j’entendais, je pensais plus ou moins, je convulsais, mais je ne voyais plus rien et j’étais incapable de bouger ou de parler. Il faut bien que tu imagines la violence de la douleur : c’est comme si on m’avait brûlé intégralement la jambe au chalumeau, avec des douleurs comme si tu me coupais au rasoir mais alors mille fois plus violent. Et là dessus, j’avais la température qui montait, le cœur qui battait mille fois trop vite, le corps qui convulsait et transpirait, le cerveau en explosion. Et là, le trou noir. Très angoissant Et puis paf, j’ai pensé à cette gélule de morphine planquée dans la table de nuit, je suis revenue, je l’ai prise, et la douleur est enfin allée decrescendo…

Le lendemain et le surlendemain, à la clinique, j’avais des crises de tremblements très angoissants, donc je faisais ensuite des crises d’angoisse. parce que tu as l’impression que ça ne s’arrêtera jamais et que ton cœur ou ton cerveau vont péter. C’est vraiment cette sensation que tu as. Tu sais, quand tu vas une crise de spasmophilie et que ton crane te sert, que tu peux plus penser ? Ben ça mais puissance mille.

Comme le chirurgien de Paris avait refusé de m’opérer en évoquant la possibilité de ma mort, je suis partie au bloc avec cette crainte, très honnêtement, je pensais surtout à mes filles, pas à moi.

Et puis au retour à la maison, j’ai lu L’étranger et j’aurais mieux fait de lire les mémoires de Jean-Michel Blanquer, cela aurait été moins dévastateur, c’est te dire, parce que l’image du trou noir est revenu instantanément en lisant la fin. J’ai été prise d’un vertige alors que j’étais évidemment allongée. J’ai imaginé le monde continuant sans moi, moi enfermée dans ce trou noir, entendant les gens mais ne voyant rien, incapable de parler. C’est d’ailleurs une partie d’un rêve récurrent que je fais depuis la pneumonie : je travaille dans un sas sous terre façon LOST, les gens dont j’ai pris le rêve s’en vont, et quand ils verrouillent la porte je prends conscience que j’ai oublié les clefs ou les codes et je cours comme une tarée mais c’est trop tard je suis enfermée à jamais sous terre. En général, je me réveille au milieu de la chambre, car je me suis réellement levée et j’ai réellement essayé de courir, ce qui, aujourd’hui avec un pied défaillant est source de bien des problèmes.

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Bref, à partir de ce moment-là, je me suis mise à angoisser sur la mort.

Petit florilège de réflexions :

_ mais si je meurs et que je suis enfermée à jamais dans ce trou noir ? C’est terriblement angoissant, je ne veux pas être enfermée dans un trou noir !

_ Naître c’est commencer à mourir, pourquoi être née ?

_ Mettre au monde quelqu’un c’est le condamner à mourir

_ Tout ce qui est, va mourir

_ Mes filles ne me verront plus et je ne les verrais plus !

_ Est-ce que notre vie est réelle ? Et si j’étais morte, en fait ? Mais que je ne savais pas. ( si si, j’ai vu Vanilla sky)

_ Si je mourais sans m’en rendre compte et sans avoir terminé de faire tout ce que j’ai à faire

_ Moi, je vais devenir toute vieille et quand je vais sentir que je vais mourir cela sera extrêmement angoissant parce que je vais craindre le trou noir

_ A quoi bon exister et agir ?

On parle souvent des gens qui ne profitent pas de la vie, qui ne se réalisent pas. J’ai lu le livre Ne crains pas que ta vie prenne fin un jour mais plutôt qu’elle n’ait jamais commencé de Laurence Lutyé-Tanet. Je croyais y trouver quelques réflexions sur la mort. Mais non.

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Car moi, en fait, c’est pas vraiment ça, le problème : c’est bien parce que j’aime ma vie, mes filles, mon mari, mes activités, mon jardin, mon érable, regarder la mer, admirer des cathédrales et des insectes, que je n’ai pas du tout envie de finir dans un trou noir et de ne plus jamais revoir ça. On parle de ceux qui ont le sentiment de passer à côté, mais il y a ceux qui réussissent très bien leur vie et ne veulent pas la quitter ! Bref, le problème c’est pas de savoir si je profite bien de la vie. Le problème c’est que je ne veux absolument pas la quitter. Ni maintenant, ni jamais !

Et pour cette raison je ne veux pas me laisser pourrir la vie par des gens qui me font du mal. Je regrette d’avoir dû renoncer pour cela à voir d’autres personnes. C’est le prix à payer, mais une vie, on n’en a qu’une, et si elle est un sacrifice permanent au nom de valeurs qui ne sont pas les nôtres, de principes, de la famille. Si elle est synonyme de chaînes, alors non. Il faut partir ! Je regrette surtout que d’autres personnes n’aient pas le courage d’en faire autant et d’agir par eux-mêmes. Se laisser ainsi malmener, diriger, interdire des choses par un autre, c’est vraiment horrible.

Et puis cette phobie de l’enfermement, c’est terrible. Je ne risque pas d’aller faire un escape game.

Et personne n’est immortel. On vit donc avec cette certitude que l’on va mourir et c’est très angoissant pour moi, c’est une horreur. Cette béance, ce rien que l’on peut devenir, ce noir sans fond. NON !

Hier, c’était mon anniversaire. Je ne sais pas si un jour je serais une vieille personne en train d’attendre avec certitude sa mort prochaine. C’est terrifiant. je préférerai mourir subitement, sur scène, en dansant, enfin, quoique… En fait, je préférerai être Nicolas Flanel et ne jamais mourir. J’angoisse quand je ne sens plus du tout mes orteils ou ma cheville par exemple. C’est comme un début de disparition de soi. Je me demande comment font ces gens qui vivent en éternel pessimiste avec cette certitude de la fin, du chaos, de la destruction du monde. Comment font ces gens qui, au contraire, sont insouciants et vivent tête haute plongée dans de nuages roses. Moi, j’angoisse.

Evidemment, je tente de me raisonner : ce que j’ai vécu n’était pas une mort imminente, cela ne ressemble absolument pas à tous ces témoignages incroyables de vie après la mort, de tunnel blanc et coloré, de personnes qui t’accueillent au bout du chemin. Je me raccroche à tous ces signes de vie après la mort, ces pièces de penny sur mon chemin depuis la disparition de Tinan, ou ces petits signes de mon pépé. Je cherche sans cesse un espoir. Mais quand même. Le soir, ça me reprend.

J’aimerais l’éternité !

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Je me retrouve tout à fait dans ce que tu racontes. J ai ces mêmes pensées en boucle depuis un an depuis la mort d un proche après beaucoup de souffrances. C est très fatigant de penser à cela, d autant Qu il n y a pas vraiment de réponse à cette question : quel est le sens de la vie puisqu on finit par mourir ? J ai cherché des réponses dans des films, des lectures, la philosophie, différentes religions. Et toujours rien …
    Si tu trouves des éléments de réponse n hésite pas à partager !! 😉
    Bon courage
    Élodie

    Aimé par 1 personne

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