L’extase du selfie de Delerm

Quand j’étais à la fac, mon prof de stylistique tirait à boulet rouge sur Philippe Delerm. c’était drôle à entendre, parce qu’on sentait à a fois la jalousie mais aussi la conviction de mon prof, qui ne jurait que par Marcel Proust. or, Delerm et Proust, c’est un peu les Laurel et Hardy de la phrase. L’un écrit de longues phrases complexes avec des relatives imbriquées. L’autre aime les phrases courtes mais percutantes. L’un parle de ses souvenirs lointains et d’une France nostalgique, avec cette noblesse surannée, ses petits plaisirs désuets, ses cercles culturels. L’autre parle du quotidien, du quotidien, du quotidien. Mais chez les deux, il y a ce rapport au temps et à la nostalgie, ce sens inouï de l’observation qui fait d’un détail un essentiel.

La première gorgée de bière avait produit grand effet en France. Il me semble même l’avoir vu en Espagne en traduction.

Je ne sais pas s’il en sera de même pour L’extase du selfie mais ce fut pour moi une lecture agréable. Les textes s’apparentent à la nouvelle tout en rappelant plutôt le poème en pose de Ponge. Il y a un côté  » capsule temporel » pour cet ouvrage où chaque texte semble vouloir figer et interpréter poétiquement un geste du quotidien assez anodin. On sourit en coin, on s’émeut d’un détail que l’on reconnaît nous aussi chez un proche disparu, comme ce porte-clefs en cuir et cette façon que l’on avait de faire  » sauter » les clefs pour les réinsérer dans leur étui. IL y a ce texte drôle sur le geste d’un tennisman qui reprend sa balle sans se baisser.

C’est un recueil du quotidien et très 2019, avec le vapoteur, par exemple. Chaque texte est un sorte de petite vignette. Certaines vous parlerons, d’autres non. Mais la lecture est à la fois amusante, légère et marquante. Philippe Delerm pointe les petits défauts avec gentillesse et sans complaisance, par amusement sans doute, et avec tendresse c’est certain.  On se surprend à y repenser quand on voit quelqu’un pousser son caddie par exemple, à la manière décrite par Philippe Delerm. Et à écrire dans sa tête ses propres vignettes en observant ses contemporains, ou soi-même. 

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