Aider son enfant à mieux apprendre grâce au visuel

Je te préviens, c’est sans doute l’une de mes plus longues chroniques, pour un livre riche que j’ai vraiment adoré !

Ayant eu le livre en format numérique, j’ai illustré avec des pratiques qui sont les miennes et qui ne sont pas exactement celles des auteurs. C’est normal : j’enseigne en lycée, c’est un plus complexe. Et puis, je pratique depuis 20 ans à ma façon, il est normal que je fasse ça différemment…

Brouillon d’une carte mentale collective, 2 septembre : c’est la rentrée de l’option théâtre.
Alors ? On fait quoi ? On a du boulot ! Nous aurions dû changer de couleur à chaque fois, mais je n’avais pas tous mes feutres.

Ce livre de Xavier Delengaigne ( formateur en mind mapping) et Vincent Damato (professeur des écoles et formateur), propose de dessiner pour apprendre, d’utiliser les cartes mentales et le sketchnoting. Il fait le point sur le fonctionnement du cerveau, la flexibilité de l’intelligence, les 8 types d’intelligences qui font de nos enfants (et de nous!) des personnes aux habiletés différentes alors que l’école sollicite souvent que trois de ces intelligences ( logico-mathématiques, verbale/linguistique et visuelle/spatiale. Pourtant, dès bébé, nous apprenons tous sur le mode kinesthésique, de façon très dominante ! Par cette première explication, l’ouvrage justifie l’approche par la facilitation visuelle, qui est aussi facilitation graphique : je te l’ai déjà dit, dessiner fera fonctionner aussi le kinesthésique, et ça, ça n’a pas de prix, surtout au lycée qui délaisse beaucoup trop cette intelligence.

Mon sketchnoting : la méthode de la dissertation.

L’ouvrage explique bien l’importance de la répétition nécessaire en classe ( oui, oui… ) et ce que sont les fonctions exécutives du cerveau : « Les fonctions exécutives constituent un ensemble de processus cognitifs interdépendants qui permettent à l’individu de coordonner intentionnellement ses pensées, ses actions et ses comportements12 ».

Les enfants dotés de meilleures fonctions exécutives réussissent mieux à l’école et ont moins de problèmes de comportement.

Les principales habiletés liées aux fonctions exécutives sont :

la mémoire de travail ;

la flexibilité cognitive ;

l’inhibition ;

la planification.

Exemple de brainstorming après la lecture d’un ouvrage. pas envie de dessiner ? Vive les stickers.

Plusieurs tests sont proposés pour tester son propre enfant. C’est très sympa et très utile. Il y a aussi des petites énigmes qui nous font comprendre l‘importance de la logique et de la réflexion dans le ludique, ou l’importance du ludique dans l’apprentissage de la logique ! Ces petits tests jalonnent l’ouvrage pour comprendre et tester tout un tas d’habiletés du cerveau.

Les manipulations grammaticales : synthèse de 5 vidéos en une seule carte mentale.

Vincent et Xavier font ensuite le point sur l’importance du visuel dans l’apprentissage. J’ai bien apprécié qu’ils rappellent que nous avons 5 sens, donc 5 façons de percevoir le monde et donc 5 mémoires là où beaucoup de monde parlent seulement de deux mémoires, voire 3 quand ils sont bien réveillés (je blague). Pourtant, la mémoire olfactive et gustative existent. N’est-ce pas les œnologues ? Marcel Proust l’a très bien raconté … Il en a écrit 2400 pages ! Juste avec une madeleine et un stylo ! Evidemment, pour apprendre en classe, ce n’est pas ce qu’on va solliciter (le plus). Le visuel est dominant. Mais lui non plus n’est pas de la fête si tu donnes des polycopiés entièrement rédigés sans dessin et sans carte mentale !

Carte mentale : normalement je ne devrais écrire qu’un mot par branche. je n’ai pas voulu refaire des branches secondaires. On est entre la carte mentale et le sketchnoting au final, mais je n’ai pas mis de dessin.

J’ai été très étonnée d’apprendre que le visuel permettait de réactiver le Ici et maintenant : pour les choses éloignées, les personnes utilisent leur voix intérieure ! C’est fou. Et en même temps évident ! On pense en images sans le « voir ». Je crois que j’utilise toujours ma visualisation et ma voix intérieure, beaucoup moins.

J’ai adoré aussi cette citation d’Albert :

Albert Einstein : « Si vous ne pouvez pas le dessiner, c’est que vous ne comprenez pas ! »

Le visuel favorise la mémorisation mais montre aussi que l’on a bien compris, car concevoir le visuel nécessite de bien avoir compris ce qu’on dessine ! C’est une gymnastique finalement très complexe là où beaucoup de monde trouve cela «  bébé ». Tu trouveras d’ailleurs dans ce livre plusieurs interviews dont celle de Cindy Theys qui explique très bien pourquoi on arrête de dessiner : parce que les adultes nous disent que c’est puérile !!!! Et parce qu’on se censure alors par le jugement des autres. Sur ce point, la plupart de mes collègues ne font pas de cartes mentales ou de dessin ou de sketchhnoting parce que «  ils ne savent pas dessiner » ! C’est le frein qui revient à chaque fois. Pourtant, plus c’est simple et symbolique, plus c’est efficace. Donc si tu sais faire un rond un carré un triangle, tu sais dessiner !

Sketchnoting sur le personnage avec plusieurs schémas. Oui, je fais des ronds à main levée. Ok, C’est difficile, mais ça viendra !

Les conseils que donnent Xavier et Vincent pour dessiner sont ceux qu’on trouve dans la plupart des livres de dessin pour enfant : on part d’une forme de base. Mais tu sais quoi ? C’est aussi comme ça que dessinent la plupart des grands illustrateurs !

Vient alors le moment où le livre fait le point sur la carte mentale : ce qu’elle est,  à quoi elle sert, et comment en faire ! Et là, j’ai appris que la carte mentale était bien plus utilisée en Belgique qu’en France. Alors sache-le c’est l’histoire de ma vie ! Tout ce que je fais est TOUJOURS plus populaire en Belgique : je vais me barrer en terre de Brabant si ça continue !

Il y a ensuite des conseils pour choisir le bon logiciel de carte mentale et des fiches très sympas pour faire le point sur les troubles DYS. A noter que justement, la plupart du temps, on nous parle de carte mentale pour pallier les difficultés des enfants dys. Mais en fait, c’est bon pour tout le monde, et encore plus les HPI. Par ailleurs, j’ai remarqué que nos enfants dys avaient malheureusement étaient peu mis en relation avec les cartes mentales dans le primaire et le collège. Du coup, quand je leur propose cela au lycée, ils sont déjà en échec scolaire, et/ou formatés par une pensée écrite entièrement. Ils sont alors décontenancés par les cartes mentales. Le refus vient aussi des parents. Comme si la carte mentale c’était «  infantilisant ». Il est temps que les mentalités changent parce que c’est quand même triste de voir qu’un outil qui devrait aider est rejeté en bloc par l’enfant et le parent à cause d’a priori et de préjugés. C’est aussi très triste pour moi qui sais combien cela DEVRAIT les aider.

Une vraie carte mentale dans les règles de l’art. En lycée, je peux en faire sur des points de cours en début et fin de séquence. celle-ci est issue du livre.

Je dis souvent à mes élèves que je leur fournis des outils et qu’ils doivent choisir celui qui leur semble le plus approprié selon les circonstances . Dans ce livre, il manque le webbing et le tableau. Si on est dans de la confrontation on choisira le tableau. SI on est dans un brainstorming pour une création littéraire on choisira le webbing. Mais ce webbing, carte mentale simplifiée et même ancêtre de la carte mentale, peut être utile pour des tas de choses car il n’y a pas de hiérarchie ou de mot au centre, juste un réseau d’idées-mots.

Un sketchnoting pour comparer avec la carte mentale, sur le même sujet, issu du livre. On voit bien la différence et finalement ce sketchnoting est très simple à faire !

La deuxième partie du livre se concentre ( c’est le cas de le dire) sur le fonctionnement de la mémoire, et les troubles de l’attention. Cette partie donne des conseils pour renforcer la mémoire mais avant cela explique bien comment celle-ci fonctionne. Elle explique bien la différence entre attention ( vers l’extérieur) et concentration ( de l’intérieur). Bémol : le visuel proposé au téléchargement est introuvable sur le site d’Eyrolles. Ce qui est bien dans ce livre, c’est que là encore les troubles de l’attention et les troubles mnésiques sont expliquées AVEC un sketchnoting. Et tu vois tout de suite l’efficacité des outils proposés par les auteurs ! Le succès de pinterest ne me contredit pas…

La mémorisation passe par trois étapes :

1.L’encodage : durant cette phase, l’enfant acquiert des informations.

2.La rétention : l’enfant stocke l’information.

3.La récupération : l’enfant restitue l’information.

Vincent et Xavier te parleront bien-sûr de la carte mentale mais aussi d’un des ancêtres visuels de la carte mentale : le loci : cette façon de mémoriser en attribuant une place dans un espace imaginaire à chaque chose.

Selon la légende, Simon de Céos en serait à l’origine. Alors qu’il assistait à un banquet, le plafond s’effondra sur les convives. Sous les décombres, les corps furent méconnaissables. Simon de Céos réussit à retrouver leur identité grâce à leur placement autour de la table. Par la suite, il développa une méthode mnémotechnique basée sur la visualisation à partir des lieux. Les orateurs de l’Antiquité utilisaient cette méthode pour retenir des heures de discours. Ils transformaient les mots-clés de leur discours en images. Ensuite, ils plaçaient ces images sur un circuit, par exemple dans une ville.

Les auteurs donnent aussi la technique des questions-réponses ( c’est ce qu’on voit utilisé dans les séries américaines où mes enfants ont des fiches avec la question et la réponse au dos), puis proposent d’apprendre ensemble une poésie avec une technique mêlant cartes mentales, mots-clefs, loci et gestuels. C’est super intéressant, c’est ce que je fais en classe, et c’est par cette technique que les acteurs apprennent leur texte, puisqu’ils le jouent ! Et si tu as fait un peu de théâtre, tu as sûrement remarquer que jouer un texte rend l’apprentissage bien plus facile que lors d’une récitation statique !

Ma solution si tu ne veux vraiment pas essayer de dessiner : colle des photos !

Les autres chapitres du livre sont également passionnants : apprendre à apprendre, la créativité, la collaboration y sont expliqués en détails. C’est d’ailleurs toujours compliqué de faire comprendre aux parents que

la créativité n’est pas bébé, c’est utile, et c’est très important pour s’approprier les savoirs. C’est une vraie habileté, une valeur, c’est nécessaire dans tous les métiers, même pour un notaire. Les auteurs proposent des exercices de dessin très sympa comme l’annalograffiti. C’est une façon de créer un réseau de mots à partir d’une idée de départ par anagramme.

Je te conseille également de regarder ce qu’est l’orthographe illustrée, qui aide à mémoriser une orthographe par le dessin, de cette façon :

Tu le vois, le hameçon ?

la collaboration est une habileté ( qui cachent plein d’autres habiletés). C’est une vraie compétence utile dans le milieu professionnel . Peu importe si à la fin tout le monde a la même note alors que Machin n’a «  rien foutu, c’est dégueulasse pour mon fils, c’est injuste ». En fait, les deux sont fautifs : Machin qui a voulu profiter, le Fils qui a travaillé pour deux ou trois, et qui n’a compté que sur lui, de peur que ce soit mal faut, et même le groupe entier qui n’a pas su partager les tâches convenablement !

Enfin, le dernier chapitre propose des tas et des tas d’applications en Français, en mathématiques, en histoire principalement. C’est une partie très riche  et inspirante !

Le livre se ferme sur une bibliographie ( tu trouveras ma bibliothèque en somme et les bouquins du blog!). Appel du pied à Xavier : je n’ai aucun ouvrage de vous ! Je suis très intéressée ! Enfin, il y a une webographie qui te sera très précieuse !

Sketchnoting : L’histoire de mon personnage. Sketchnoting pour construire et non pour faire le bilan de connaissances.

Ce livre est donc dans la même veine que les ouvrages d’Akoun et Pailleau dont je ‘ai parlé ici ( Pailleau a signé la préface !). C’est un livre concis et très riche, qui fait vraiment le point sur plein de domaines et qui est plus tourné vers les parents désemparés à la maison. Mais les enseignants seront bien contents de le parcourir et d’apprendre des tas de choses. On en est encore à se demander pourquoi les enseignants du secondaire n’ont aucune formation sur le cerveau, la cognition, la mémoire et les intelligences. Évidemment, aujourd’hui, je n’irai plus à une telle formation, je pourrai plutôt l’aimer et je n’en ai pas la prétention. Mais c’est grave, franchement. On trouve encore des collègues réfractaires à la carte mentale, des parents méprisant ces outils. C’est fou. Pourtant, les auteurs auraient pu le rappeler ( c’est ce que fait Tony Buzan dans son ouvrage) des cartes mentales, on en trouve dans les premiers ouvrages imprimés. Léonard de Vinci,  Einstein, Prévert faisaient des sketchnotings. Moins codifiés qu’aujourd’hui, mais l’esprit était là. Ils pensaient en images et en symboles, avec des mots des flèches, en arborescence : pas en phrases hiérarchiques et horizontales avec la structure fermés et figée de la phrase!!!

Rédiger rédiger rédiger : on ne peut rédiger que ce qu’on a conçu, après avoir sollicité des connaissances ou des analyses. Vouloir faire faire les deux en même temps aux enfants excuse-moi, mais c’est un peu se moquer d’eux et les mettre forcément en échec. Écrire pour écrire en visant seulement la quantité n’a aucun sens !

Ce livre est pour moi une valeur sûre. Si tu n’y connais rien, il t’explique tout en détails avec des mots simples et des sketchnoting à l’appui. Il y a des tests pour les enfants et même des petits jeux d’appropriation. Je n’ai que la version numérique, mais il est très beau. Si tu maîtrises le sujet, c’est un beau pense-bête à garder sous la main.

J’ai utilisé le sketchnoting pour expliquer la méthode de m’expression personnelle mais je n’ai pas beaucoup dessiné. Seulement quelques symboles me permettent de bien faire le lien entre certaines étapes. le Sketchnoting montre le parcours de la pensée en construction, ici. cela rappelle un peu les arbres de décisions très à la mode dans certaines séries et sur pinterest.

XAVIER DELENGAIGNE, VINCENT DAMATO, Préface d’Isabelle Pailleau, Aider son enfant à mieux apprendre grâce au visuel, Cartes mentales,sketchnoting., Les meilleurs outils pour favoriser la pensée créative,Editions EYROLLES.18,90 OU 12,99 EN NUMERIQUE.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s