Isabelle l’après-midi, the hot novel de Kennedy

Soyons clairs dès le titre, c’est un roman quasiment érotique ! Samuel, étudiant américain sans histoire décide de se payer quelques semaines à Paris. Sa mère est décédée, son père est un paternel distant qui lui consent peu d’attention et lui montre son affection par quelques enveloppes de 200 dollars de temps en temps. Samuel court après l’amour, le vrai, celui qui ne semble pas animer ses proches, à ce qu’il en dit. Sa vision des Américains est extrêmement conformiste. Celle des Français et des Françaises très clichée.


Il loge dans un petit hôtel-résidence pas cher, le genre d’hôtel que tu te paies quand tu es étudiant : la chambre avec un lit, les toilettes et la douche sur le palier, en commun. Il prend un petit déjeuner modeste toujours au Select  » qui n’a de sélect que le nom » comme il se plaît à le dire. Un jour, il rencontre son voisin, un Américain comme lui. Celui-i l’entraîne à une soirée donnée en l’honneur de la sortie d’un roman d’une écrivaine assez âgée, française. Samuel est alors interpellé par Isabelle. Elle lui donne sa carte. L’autre Américain est surpris :  » tu es donc l’heureux élu de la mystérieuse Isabelle ». Isabelle, traductrice, rousse flamboyante à la Audrey Fleurot ( c’est pas compliqué, j’ai VU Audrey Fleurot tout le long du roman et je ne peux concevoir une adaptation cinématographique sans elle. C’est elle ou rien !)… Isabelle qui lui tend sa carte, donc, qu’i appelle le lendemain, et qui lui donne rendez-vous dans son studio de travail, au-dessus de la libraire des éditons de Minuit. Minuit, il n’en sera jamais question : Samuel aura rendez-vous avec elle trois après-midi par semaine, uniquement. Pas de resto, pas de sortie. Isabelle est marié à Charles, comme Mme Bovary. Si Charles a lui aussi une liaison, il n’est pas question pour Isabelle de s’afficher et de prendre un risque; Elle n’est pas du même  » milieu ». Elle doit garder son rang. Il y a du Proust et du Maupassant dans cette Isabelle-là. Le roman m’a beaucoup fait penser à Tours et détours de la vilaine fille de Vargas Llosa sans pour autant être du même grain. C’est étrange. Sans doute le parcours-portrait sur plusieurs décennies, la relation interdite, Paris, la jonglerie des villes et des époques. Et l’obsession pour une femme.

Cela m’a aussi évoqué Radiguet, Le diable au corps. C’est un roman qui a des allures d’autobiographie, de confidence. L’interdit est la close même du plaisir, et du sexe à l’amour il n’y un qu’un pas. Mais si Samuel est très sûr de ses sentiments, il l’est moins de ceux d’Isabelle qui pourtant lui avoue pourtant l’aimer. Il y a plusieurs définitions d’aimer dans ce roman. Alors que 40 pages ont été lues, on pense que l’affaire est pliée : Samuel repart aux Etats-Unis. Point. Mais Isabelle resurgira dans sa vie dans les moments les plus inattendus et les moins appropriés.

Le problème avec ce roman, c’est que le point de vue est éminemment masculin : oh, le pauvre Samuel qui est toujours alpagué par des femmes qui surgissent dans son dos sans prévenir ! Oh le pauvre Samuel qui séduit malgré lui ! Oh le pauvre Samuel qui finalement est abandonné, trahi, trompé sur la marchandise ou trompé tout court ! Toutes ces femmes qui n’en veulent qu’à son zizi et à ses spermatozoïdes ! Et puis qui finalement le délaissent ou n’affichent plus la même passion ! Oh pauvre petit minou ! Quelle complaisance à l’égard du mâle, franchement !

Quant à Isabelle, c’est un magnifique personnage, mais qui paraît un peu trop « garce », trop  » vilaine fille » alors que tout simplement, il lui faut tenir un rang, elle veut un enfant, elle a souffert, la vie ne lui a fait aucun cadeau. On doit bien reconnaître cela à Douglas Kennedy : Samuel et Isabelle devront affronter les pires épreuves de la vie. Sas détours et sans ménagement. Le pire, je te le dis, je te préviens. Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, c’est franchement tragique. J’ai bien aimé le côté Vintage de l’histoire qui commence fin des années 70 et court jusqu’aux prémices du numérique. L’aspect épistolaire, les télégrammes : ça nous projette dans une autre époque, pas si lointaine et pourtant clairement révolue et bien plus  » romantique ». J’ai bien aimé l’ambiance « Boston » également. Et bien évidemment, c’est très bien écrit, malgré deux-trois répétitions un peu déplaisantes. C’est un roman très cultivé, avec de nombreuses allusions, citations, relations intertextuelles. Kennedy connaît très bien nos grands noms de la littérature française, Balzac et Zola eux aussi ont été convoqués ici et là.

C’est un très beau roman. Mais la vision machiste est un eu trop évident, trop complaisante à l’égard de Samuel.

Ce ne sera pas mon coup de cœur de l’été, mais pour Isabelle, le temps de quelques jours, cette lecture a été un beau moment…

La fiche Babelio avec les sites d’achat ici

La fiche sur le site Belfond

ISABELLE, L’APRÈS-MIDI

Douglas KENNEDY, Chloé ROYER (Traducteur)Date de parution : 04/06/2020

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