La race des orphelins

Oscar Lalo signe un roman dérangeant et déroutant mais nécessaire, comme souvent lorsqu’on écrit des romans sur des sujets que l’Histoire a voulu effacer. Il y a quelques années quatre de mes élèves avaient décidé d’y consacrer leurs recherches : les Lebensborn 

Je te mets un extrait de l’article WIKIPEDIA :

Lebensborn e. V. (Lebensborn eingetragener Verein, en français « Association enregistrée Lebensborn ») était une association de l’Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l’État et gérée par la SS, dont le but était d’accélérer la création et le développement d’une race aryenne parfaitement pure et dominante. Le terme « Lebensborn » est un néologisme formé à partir de « Leben » (« vie ») et « Born » (« fontaine », en allemand ancien). Le journaliste, écrivain et cinéaste Marc Hillel l’a traduit en français par « Fontaines de vie ».

Le programme de création des Lebensborns vit le jour à l’initiative de Heinrich Himmler le 12 décembre 1935 dans le cadre de la politique d’eugénisme et de promotion des naissances. Il s’agissait à l’origine de foyers et de crèches, les pères, en grande majorité des SS, étaient invités à concevoir au moins quatre enfants avec leur épouse légitime1. Par ailleurs, au dire du journaliste d’investigation Boris Thiolay, auteur d’un ouvrage sur le sujet2, la SS transforma également certains de ces centres en lieux de rencontre plus ou moins furtive où des femmes considérées comme « aryennes » pouvaient concevoir des enfants avec des SS inconnus, puis accoucher anonymement dans le plus grand secret et remettre leur nouveau-né à la SS en vue de constituer l’élite du futur « Empire de mille ans ». Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers d’enfants, dont les caractéristiques physiques correspondaient au « type aryen », furent arrachés à leurs parents dans les pays conquis pour être placés dans ces centres.

L’existence de ces maternités et de ces crèches fut longtemps considérée comme une simple légende donnant lieu à une grande puissance fantasmatique, certains y voyant des haras humains, d’autres des bordels SS, jusqu’à ce que Georg Lilienthal (de), un jeune historien spécialiste de la médecine SS, y consacre sa thèse en 19853.

L’une de ces maternités-orphelinat de l’horreur « tait située dans les Ardennes.

Il est dit que les enfants nés de ses pouponnières de la honte étaient tous adoptés par Hitler et que les mères venaient des milieux défavorisés de pays où l’on trouvait des caractéristiques génétiques aryennes comme la Suède. Il existe déjà quelques romans sur le sujet, comme Max et Ligne de faille.

Le roman d’Oscar Lalo est vraiment remuant. Il s’agit de l’autobiographie d’une de ses enfants, devenue une dame plus âgée, qui cherche ses origines. Après la défaite d’Hitler, tous ces enfants ont été mis au ban de la société et ont payé à la place du dictateur ses horreurs. Non seulement ces enfants ont été fabriqués par Hitler, ont été les  » jouets » de cette dictature de la race pure, mais en plus, ils ont payé encore le prix de tout ça en étant banni par les autres : désignés comme des monstres, considérés souvent comme des êtres non naturels, ils n’ont jamais été adoptés et ne savent à peine lire et écrire. La narratrice fait appel à un écrivain public pour tenter de mettre au clair ses pensées et ses émotions, et transcrire le fruit de ses recherches.

La structure, le style, tout dit dans ce roman l’étrangeté à soi-même et à un monde qui refuse la narratrice, refuse son existence, la nie complètement. C’est une écriture dérangeante, en déséquilibre, une écriture de la gêne, hors des normes de l’écriture et de la littérature, hors des normes sociales et des codes, qui oblige à regarder quand on veut détourner les yeux. Parce que c’est ainsi, on ne peut pas définir l’indéfinissable par des normes littéraires classiques, il faut chercher ailleurs, placer la faille dans les marges de la page.

Ce roman n’est pas une lecture facile mais c’est une œuvre qui exprime la solitude et le fait d’être soi-même un tabou, de le porter en soi et sur soi, pendant toute son existence. D’être celui qui n’ose pas se dire.

Oscar Lalo, La race des orphelins, éditions Belfond

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