Sortir des bois – manifeste d’une sorcière d’aujourd’hui

J’avais lu Ame de sorcière il y quelques années, un livre qui avait le bon goût de remettre à sa place la sorcière et de bien expliquer ce que la  » chasse aux sorcières » avait impliqué. Dans son nouveau livre, Odile Chabrillac nous invite à embrasser le savoir radical des sorcières et à sortir de l’ombre pour fonder une sororité qui guérira le monde. Elle revient sur cette chasse aux sorcières de la Renaissance, sur ce qu’est réellement une sorcière, à savoir une femme à l’écoute de la nature et de son intuition, détentrice d’un savoir qui menace le patriarcat, souvent sage-femme, guérisseuse, phytothérapeute. Odile explique également qu’elle ait très bien quel aura de scandale émane du terme  » sorcière », du jugement, de l’effroi parfois qu’il provoque.

La porte s’ouvre … @mamantornade, Brocéliande

Son nouvel essai, car c’est un essai et non un grimoire ou un vade-mecum de sorcellerie, nous demande de reprendre son pouvoir, à taper du poing sur la table, et à se mettre debout.

Il faut agir et inventer un nouveau monde. Odile a travaillé, retravaillé, réécrit son livre jusqu’à le terminer pendant cette période de confinement. Ce qui est étrange, c’est que j’aurais pu écrire tout ce qu’elle a écrit au sujet du confinement, et tout son chapitre sur la colère. La figure de la sorcière semble (encore et toujours) être un puissant levier de transformation parce qu’elle porte inscrite en elle l’idée de rébellion, de subversion. Pour se réconcilier avec notre âme de sorcière, il nous faut renouer davantage avec notre colère et parfois notre pouvoir qui ont été effacés, niés, oubliés. J’ai adoré ce chapitre sur la colère qui explique combien elle est nécessaire et pourquoi tout le monde veut toujours interdire aux femmes cette colère. Souvent, on me dit « Il faut que tu t’apaises, arrête d’être en colère ». Mais c’est vous que ça dérange, en fait, moi ma colère, elle m’a évité d’être une toiletteuse pour chiens mariée à un garagiste dans une ville, en train de crever. Alors que je voulais écrire, lire, apprendre et apprendre aux autres. C’est ce qui a fait que j’ai pu me rebeller alors que j’étais la soumission incarnée.


« Ce n’est plus dans les bois que les femmes doivent cacher les rituels mais bien les exposer au cœur des cités,
immergées dans la modernité. La magie est un combat. C’est un art de la transformation, pour soi dans un
premier temps, mais surtout pour le monde. La magie s’inscrit au cœur de la politique, au cœur de la vie. La
spiritualité est politique, comme l’ont toujours été les sorcières, c’est pourquoi ce livre questionne le patriarcat,
l’anarchie, les mouvements citoyens, la liberté, la position de victime…
« 

@mamantornade Borcéliande


Ce livre est une invitation à se reconnecter à ce qui constitue notre essence la plus profonde, s’ouvrir à notre
potentiel de création, mais aussi de destruction, embrasser notre lumière et notre ombre. Corps, sexualité,
maternité, politique, spiritualité, utopie, désobéissance, sororité ou encore violence, ce sont tous les aspects
de la vie publique et politique que la femme doit revendiquer et embrasser.
Car, il faut en avoir conscience : tous nos actes sont politiques, tous nos choix disent quelque chose du monde que l’on fait vivre et que l’on construit.

En partageant son expérience de magies vertes, de yoga de la kundalini, de marche sur les sentiers
de pèlerinage, d’actions collectives, Odile Chabrillac propose un chemin, le sien, parmi tous les chemins
possibles, sans en faire une vérité, juste une incitation à inventer le sien.


Psychothérapeute, journaliste et naturopathe, Odile Chabrillac est l’auteure de nombreux ouvrages dont
Âme de sorcière ou la magie du féminin (Solar, 2017). Elle est également directrice de l’Institut de naturopathie
humaniste et anime des conférences et des formations pour différentes institutions sur le thème du bien-être.

Ce livre est intéressant même s’il contient un malentendu et que l’auteure essaie de contenter celles qu’elle sait en quête de rituels. Un des chapitres en propose un certain nombre, des pistes come les sigils, la lune, les plantes. Mais ce n’est absolument pas un grimoire ou une anthologie de sortilèges et de rituels. Ce qui m’a gêné en fait, c’est la tentative de  » consolation » au milieu du livre : Odile en donne quelques uns, lance timidement des pistes. Son grimoire, moi, je l’attends justement avec impatience. Et n’allez pas vous imaginer que je cherche des recettes à la bave de crapaud ! Non ! La magie c’est plutôt des rituels liés à la nature, car notre monde a perdu le sens du temps parce qu’il ne le « marque » plus au rythme de la nature. A l’origine, un rituel, c’est bien ça : marquer les passages, faire des rites pour passer d’un état à l’autre, officialiser le temps des hommes et le temps de la nature comme étant conjoints. Si notre monde va si mal, c’est qu’il a perdu la tête et la boussole, parce qu’il ne suit plus le rythme des saisons et de la lune, qu’il n’est plus en adéquation avec les arbres et les oiseaux. Il ne faut pas ralentir, il faut se recentrer, se rendre compte que l’on est déphaser et revenir justement en phase avec ce qui ne nous entoure pas, non, mais ce qui nous contient.

Non mais allo quoi, elle est une sorcière et elle a pas de sauge !

Ce livre est un essai, un manifeste, une réflexion en mouvement sur notre époque, le patriarcat, la collapsologie, la crise financière sanitaire politique et sur la place des femmes dans la société présente passée et future. C’est une idéologie avec la volonté de placer la nature au centre du nouveau monde. Un très beau livre sur le sens profond du terme  » sorcière  » bien éloigné du folklore.

J’espère que l’auteure ne m’en voudra pas, et qu’elle aime a vu cette analgie que je vais développer…

En lisant ce livre, en le terminant cette semaine, je me suis rendue compte que ces femmes étaient considérées comme des sorcières parce qu’elles luttaient contre l’obscurantisme, le tout pouvoir religieux. Je me suis dit alors qu’aujourd’hui, les sorcières comme Odile le dit dans de livre, peuvent être aussi des hommes. Je me suis dit que finalement les sorcières d’aujourd’hui étaient des enseignants, des enseignants que l’on hésitait pas à gazer quand ils défendaient une éducation juste et équitable pour tous. Des enseignants que l’on avait assez méprisé pour donner l’impression à d’autres qu’ils avaient le droit de les tuer. Des enseignants dont l’un d’être eux s’était fait couper la tète, un des châtiment que l’on infligeait aux sorcières, parce qu’il avait lutté contre l’obscurantisme religieux et prôner la liberté d’expression. C’est exactement ce qui est arrivé à l’époque de la Renaissance, quand les femmes ont commencé à écrire, lire, parler, deviser, débattre, vouloir faire changer le monde; La religieux a été la première à vouloir les massacrer … Comme Odile le dit, le féminisme contre les hommes n’a plus lieu d’être, il nous fait inventer une nouvelle voie, une nouvelle union. Il nous faut défendre le savoir, la culture, défendre l’art, défendre le DROIT A L’ALTERNATIVE . Alternative aux médicaments par les plantes et les huiles, les remèdes de tous temps, alternative au patriarcat, alternative à la toute-puissance capitalisme, alternative aux extrémismes religieux. ET cette alternative, au final, c’est le respect de la liberté de chacun d’être soi et d’être en congruence avec ses propres choix, d’établir son propre manifeste et sa propre éthique. Ce que nous invite à faire Odile Chabrillac dans son ouvrage : non pas la suivre, mais devenir son propre guide. Le propre capitaine de son âme.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce à Dieu quel qu’il soit,
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Sous les coups du hasard,
Ma tête saigne mais reste droite.

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et bien que les années menacent,
Je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

William Ernest Henley 


Odile Chabrillac, Sorti des bois, Tana Editions,

Paru le 8 cotobre
Prix : 18,90 € ISBN : 979-1-03-010293-2

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