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Nelson Mandela et Henley

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Tu connais sans doute le film de Clintounet chéri. Dans ce film , on cite un magnifique poème de Henley que personnellement je ne connaissais pas ( le poète, tout comme le poème).

Voici les informations que j’ai trouvées sur ce site :

Invictus est un court poème de l’écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire, ce qui contribua à le rendre célèbre. C’était le poème préféré de Nelson Mandela. Il est notamment repris dans le film Invictus de Clint Eastwood. Quelques vers de ce poème sont également cités par un personnage (Ashley Williams) dans Mass Effect 3. Ce poème joue un grand rôle dans la vie de Nelson Mandela durant sa période d’incarcération à Robben Island. À ce titre, il donne son nom au film de 2009.

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Traduction d’après la VF du film Invictus

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

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Jacques Prévert, c’est mon chéri

Jacques-Prevert-souriant-IZIS-0145-88-74401Jacques Prévert je l’aime d’amour. J’aime tout chez lui. Son côté anar qui ne veut se caser nulle part, son refus des étiquettes, sa volonté de resémantiser des termes et expressions qui sont sclérosés, ses symboles préférés, son anticonformisme, sa clarté. La simplicité de sa poésie, il écrit comme il parle, et s’il doit dire merde il le dit.

Jacques Prévert a fait de très beaux collages, un dessin animé magnifique sur le totalitarisme  ( Le Roi et l’oiseau, je vous ferai un article bientôt) e des dialogues de films et des poèmes que ses amis lui ont demandé de publier.

Parmi ces poèmes, il y a Barbara. Barbara, elle me fait penser à une de ces filles du Bataclan qui attendrait son chéri à la sortie du concert. Barbra , ce sont toutes ces fiancées qui ont vu leur amoureux périr sous les balles vendredi.

Parce que même s’il faut combattre, il faut se souvenir que le plus important, ce serait de retrouver la paix. Que c’est elle notre idéal, non la revanche.

Barbara


Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert

PS: tu as vu ? Mes poètes ils sourient.

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Aragon mon complice

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559- Louis Aragon dans une manif du PCF le 3 oct 1971 à Paris – PCF Communiste ©Photo BLONCOURT

Connais-tu Louis Aragon ? C’était un type vraiment bien. Quand il était petit un jour il a joué dans la cour d’un immeuble avec un peu garçon qui s’appelait jacques Prévert. Bien des années plus tard ils seraient amis pour la vie. Louis Aragon a écrit de beaux romans comme Les voyageurs de l’Impériale que j’adore. Louis Aragon a dit merde à la censure allemande en écrivant Les yeux d’Elsa. Extérieurement ce sont de magnifiques poèmes d’amour. Mais symboliquement, quand tu détiens les clefs tu as entre les mains un superbissime recueil de poèmes de guerre, de poèmes de résistance.

Un jour il a écrit  » La Rose et le Réséda » pour rendre hommage à des jeunes gens tués au nom des valeurs française. Ils s’appelaient

 

  • Honoré d’Estienne d’Orves : officier de marine français, rallié au Général de Gaulle en 1940, fusillé en 1941
  • Guy Moquet, fils d’un député communiste, fusillé comme otage en 1941, à l’âge de 17 ans
  • Gilbert Dru : il organisa la Résistance dans les milieux de la Jeunesse Chrétienne, fusillé à Lyon en 1944, à l’âge de 24 ans
  • Gabriel Péri : homme politique et journaliste français, membre du Parti communiste, fusillé en 1941

Tu trouveras une très bonne analyse des symboles de ce poème ici.
Quand ‘ai commencé à enseigner en secondaire j’ai étudié ce poème pour sa valeur argumentative et la formatrice de l’époque m’a descendu en flèche. La pauvre : elle fait partie des gens qu’Aragon aurait roulé dans la farine.
ce que dit  » La rose et le réséda » c’est que communiste, athée, catholique on s’en fout, il faut s’unir pour la France, contre la Barbarie et le Totalitarisme.
Dis-moi, ça ne te rappelle pas notre situation ?
Musulman, athée, catholique, protestant, bouddhiste, Toltèque de France, unissons-nous !

 

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l’échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l’un fut de la chapelle

Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu’elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l’un chancelle

L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison Lequel

A le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Il coule il coule il se mêle

À la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L’alouette et l’hirondelle

La rose et le réséda

Louis Aragon Extrait de « La Diane Française » édition Seghers

 

Ce poème a été diffusé sous le manteau par tracts, bombardé par les avions alliés avec des colis de nourriture. Il y a quelques jours, on passait cette vidéo sur les réseaux et certains se moquaient de ce papa qui disait à son fils  » nous on a des fleurs ».

Oui on a des fleurs, l’amour et la poésie.
La révolution française s’est faite grâce à des écrivains

La résistance s’est soudée grâce à des écrivains .
C’est peut-être pas grand chose, des mots, mais c’est assez pour les faire chier puisque Beaumarchais, Hikmet, Neruda, Hugo ont ceci de commun qu’ils ont terminé en exil ou en prison. je ne parle pas des fusillés. Des déportés comme Desnos. Ca doit quand même déjà bien les faire chier puisqu’un blogueur a été condamné à mille coups de fouets en janvier dernier. Et qu’un concert de rock a suffi à déchaîner leur haine.

 

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Robert Desnos, c’est mon pote

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Robert Desnos, c’est mon pote. Je l’aime bien. Il a écrit pour les enfants mais aussi pour la Résistance. Il n’a malheureusement pas longtemps survécu à la libération et ça me fait mal au cœur de l’imaginer, sortir des camps ( il a été déporté) malade, incapable de jouir de la paix. ce mec-là était un pacifiste comme Romain Rolland. mais face à l’horreur, la dictature, ce connard d’Hitler qui voulait nous dire comment vivre et comment être il a appelé ces concitoyens à la révolte.

J’aime beaucoup ce poème que je veux vous faire lire ce soir.

Ce coeur qui haïssait la guerre

Ce coeur qui haïssait la guerre

voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !

Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées,

à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,

Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines

un sang brûlant de salpêtre et de haine.

 

Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent

Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne

Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.

Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

 

Mais non, c’est le bruit d’autres coeurs, de millions d’autres coeurs battant comme le mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,

Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises

Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :

Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !

Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,

Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères

Et des millions de Francais se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.

Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté

au rythme même des saisons et des marées,

du jour et de la nuit.

[ Extrait de L’honneur des Poètes (Minuit, 1946) et repris dans « Domaine Public » par Poésie/Gallimard ]

Tout sur Robert ici !

J’ai choisi cette photo parce qu’il se tient à une fenêtre, et je trouve que c’est une posture fort poétique : regarder dehors à la fenêtre ou dedans par la fenêtre… J’aimerais que Robert ait pu voir, comme le dit Baudelaire  » la vie en beau » à travers des verres de couleur. mais ce ne fut pas le cas.
Robert, on te salue.

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Il s’appelait Nâzim Hikmet

nazim_hikmet2En ces heures de guerre et de douleur, j’aimerais te faire redécouvrir ou découvrir quelques poètes que j’aime et qui ont combattu, à travers les mots, les actes aussi. Celui de ce soir s’appelle Nâzim Hikmet, il était Turc et il écrivait superbement, avec la simplicité des images de la pureté.

Je te conseille ce blog, et cet article.

Nazim et moi, on s’est rencontrés à un stage de théâtre de La Comédie à Reims avec Arnaud Meunier comme meneur, avant que ce dernier, metteur en scène, ne prenne la direction d’un grand théâtre de Saint Etienne. Arnaud aime ce qui est pur, simple, l’écriture blanche. IL aime aussi les gens vrais, les combats .
J’ai beaucoup aimé ce stage où Arnaud a essayé de nous faire jouer sans intention, avec simplicité, dans le dénuement complet du comédien face à un texte qui se suffisait à lui même. J’ai ensuite acheté ce merveilleux recueil Il neige dans la nuit.

Voici deux de mes poèmes préférés de Nazim Hikmet. Je te salue Nazim. Tu dois nous regarder le cœur en sang.

ANGINE DE POITRINE

Si la moitié de mon cœur est ici, docteur,

L’autre moitié est en Chine,

Dans l’armée qui descend vers le Fleuve Jaune.

Et puis tous les matins, docteur,

Mon cœur est fusillé en Grèce.

Et puis, quand ici les prisonniers tombent dans le sommeil quand le calme revient dans l’infirmerie,

Mon cœur s’en va, docteur,

chaque nuit,

il s’en va dans une vieille

maison en bois à Tchamlidja

Et puis voilà dix ans, docteur,

que je n’ai rien dans les mains à offrir à mon pauvre peuple,

rien qu’une pomme,

une pomme rouge : mon cœur.

Voilà pourquoi, docteur, et non à cause de l’artériosclérose, de la nicotine, de la prison,

j’ai cette angine de poitrine.

Je regarde la nuit à travers les barreaux

et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,

Mon cœur bats avec l’étoile la plus lointaine.

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 89

Je suis dans la clarté qui s’avance

Mes mains sont toutes pleines de désir, le monde est beau.

Mes yeux ne se lassent pas de regarder les arbres,

les arbres si pleins d’espoir, les arbres si verts.

Un sentier ensoleillé s’en va à travers les mûriers.

Je suis à la fenêtre de l’infirmerie.

Je ne sens pas l’odeur des médicaments.

Les oeillets ont dû fleurir quelque part.

Et voilà, mon amour, et voilà, être captif, là n’est pas la question,

la question est de ne pas se rendre…

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 84

Nâzim Hikmet