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Lever de rideau sur toi, l’homme.

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Peut-être te demandes-tu pourquoi je fais souvent des photos avec mon visage derrière la couverture du livre ? Parce que c’est un hommage à mon ami Tinan. Voilà, c’est tout.

 

 

Depuis les premières lois anti-Juifs du régime de Vichy, le dramaturge à succès Victor Steiner se terre dans un petit appartement parisien. Mais un soir, la passion du théâtre est la plus forte : il sort de sa cachette pour assister à la première du Soulier de satin à la Comédie française, et au retour il est arrêté par la police. Quelques jours plus tard, il embarque dans un train à bestiaux. On lui a pourtant dit qu’il aurait droit à un traitement de faveur… Et, de fait, en pleine nuit, on le fait changer de convoi. Dans ce nouveau wagon, plus un seul Français ; seulement des Juifs allemands. Le traitement de faveur, c’est que Steiner sera déporté dans le camp de Terezin, celui où sont parqués les Juifs « prominenten » – « importants » : artistes, intellectuels, hommes politiques, savants… A première vue, Terezin a tout d’une gentille ville tchécoslovaque : d’élégantes fortifications, des trottoirs bien propres, des parcs et même une église. Mais ses murs cachent la même violence que les barbelés de n’importe quel autre camp. Et, chaque semaine, des listes désignent ceux qui partiront à Auschwitz pour être gazés. A son arrivée, Victor Steiner a la surprise de rencontrer l’un de ses plus grands fans : l’Hauptsturmfürher Waltz, qui est également un passionné de littérature et de culture française, notamment du siècle du Roi Soleil. Et bientôt, Waltz lui passe commande… Les nazis ont autorisé la Croix-Rouge internationale à venir inspecter l’un de leurs camps de prisonniers – le plus « soft » d’entre eux : Terezin, bien entendu. A cette occasion, Waltz veut qu’un grand spectacle soit donné, dans un théâtre de Prague. Ainsi, les inspecteurs verront que le Reich n’a rien à cacher… Et qui mieux que Victor Steiner pourrait créer une formidable pièce de théâtre ? Une oeuvre inédite, dont l’action se déroulerait au XVIIe siècle, à la cour de Louis XIV, avec – pourquoi pas ? – le grand Molière lui-même… Steiner, bien sûr, n’a aucune envie d’accepter. Or, Waltz n’est pas le seul à s’intéresser à cette pièce. Bientôt, c’est le réseau de Résistance qui sévit à l’intérieur de Terezin qui contacte le dramaturge : il faut qu’il écrive cette pièce, une pièce avec le plus d’acteurs possibles, une pièce se terminant par un monologue d’un quart d’heure minimum… car le projet des Résistants est qu’à la fin du spectacle, tous les comédiens s’évadent…

Voici le résumé de ce roman que j’ai littéralement dévoré. Je n’aurais pas pu t’en faire un aussi clair, je peux te dire que cela parle d’amitié, d’écriture, de ce que l’on veut au fond de soi, de quête d’identité, de ce que la guerre, des circonstances hostiles, révèlent de nous-mêmes, de ce qui fait qu’un jour on peut toi, moi, n’importe qui, devenir un héros. De ce que l’on croit sur soi qui n’est pas vrai. De ce que les autres disent de nous et nous limitent.

Cela parle aussi de théâtre, de l’art, du fait que quand tu as une passion, même en période de guerre, cette passion pourra être plus importante que ta propre vie, ce qui peut paraître absurde, mais ce qui fera aussi que tu survivra , que tu arriveras à combattre la guerre, les nazis, les pervers narcissiques .

Dans ce roman, la passion du personnage est un prétexte à tenter une évasion, mais elle est aussi, au quotidien, l’évasion elle-même. Cela m’a rappelé beaucoup de choses de ma propre vie.
Tous les personnages de ce roman sont extrêmement attachants. Steiner évidemment, les amis qu’il se fera dans ce camp, et même le grand Sébastian, ce comédien célèbre et imbu de lui-même.

Avec ce roman, on découvre les camps de l’intérieur, mais l’homme aussi, de l’intérieur.
On découvre comment on peut résister à tout, résister même emprisonné, même en faisant le  » chien »  ( tu comprendras cette expression en lisant le roman).

Et puis, il est question de créativité et d’inspiration, comment ça vient. J’ai adoré aussi le personnage du mathématicien qui explique qu’il pense mieux en offrant des divertissements à son cerveau, en se détournant de sa tâche. Cela fait penser à toutes les lectures que j’ai faites, cela reprend les théorie du livre Comme par magie ou des découvertes cognitives publiées en 2016 ( Idriss Aberkane par exemple).

En fait, c’est un roman historique, palpitant, culturel, théâtral, éducatif, et terriblement, essentiellement HUMAIN.

C’est de très loin un des plus beaux romans que j’ai lu, sans compter que le style est absolument parfait. Je n’ai pas sauté une ligne. J’aime le rythme les mots, les sons, la façon dont l’auteur décrit, raconte. C’est parfait.

A la fin du roman, tu trouveras la pièce de théâtre écrite par Steiner, savante mise en abyme de la résistance par l’art. Du Aragon tout craché. Ah non, pardon, du grand Christophe Lambert.

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Kipling et l’esprit des rois

Rudyard_Kipling_from_John_PalmerComme beaucoup, je connais de Kipling Le Livre de la jungle. Comment un enfant sauvage devient un homme parmi les animaux plus justes et plus intelligents que bien des hommes.
Et puis j’ai découvert ce poème.

Je cite Wikipedia : « Le 14 juin 1940, Paul Rivet placarde le poème sur les portes du Musée de l’Homme, en signe de résistance à l’occupant allemand. »

 

 

Tu sera un homme, mon fils !

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie,

Et sans dire un mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties,

Sans un geste et sans un soupir,

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre,

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles,

Travesties par des gueux pour exciter les sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,

Sans mentir toi même d’un mot,

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi,

Si tu sais méditer, observer et connaître

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser jamais ton rêve être ton Maître,

Penser sans n’être qu‘un penseur,

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant,

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite,

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête,

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Ne seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils !  

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Malala, la petite soeur

Malala-Quote-10_10-TwitterOn ne présente plus Malala, mais peu de personnes ont écouté ou lu son discours quand elle a obtenu le prix Nobel de la paix. Je me permet ici de te le cite, pour que tu te rendez compte combien cette gamine est pleine de sagesse. On grandit vite sous les balles, et sous la méchanceté, sous la torture et sous la dictature, sous l’oppression, malheureusement.

« Ils pensent que Dieu est une toute petite personne conservatrice… » Malala Yousafzai

Malala Yousafzai

Discours de Malala Yousafzai
À l’ONU, pour le « Malala Day », 12 Juillet 2013 :

Bismi Allāhi Ar-Raĥmāni-r-Raĥīm
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Honorable Secrétaire général, M. Ban Ki-moon,
Respecté Président de l’Assemblée générale Vuk Jeremic
Honorable émissaire de l’ONU pour l’éducation mondiale M. Gordon Brown,
Aînés respectés et mes chers frères et sœurs;
Aujourd’hui, c’est un honneur pour moi de prendre la parole à nouveau après longtemps. Être ici avec des personnes si honorables est un grand moment dans la vie.

Je ne sais pas par où commencer mon discours. Je ne sais pas ce que les gens s’attendent à ce que je dise. Mais tout d’abord, merci à Dieu, pour qui nous sommes tous égaux, et merci pour toute personne qui a prié pour mon rétablissement rapide et une nouvelle vie. Je ne peux pas croire à quel point les gens m’ont montré de l’amour. J’ai reçu des milliers de bonnes cartes de vœux et des cadeaux venant du monde entier. Merci à tous. Merci à tous les enfants dont les paroles innocentes m’ont encouragée. Merci à mes aînés dont les prières m’ont donné de la force.

Je tiens à remercier mes infirmières, les médecins et tout le personnel des hôpitaux au Pakistan et au Royaume-Uni et le gouvernement des Émirats arabes unis qui m’ont aidé à aller mieux et à récupérer mes forces. Je soutiens pleinement M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général, dans son Initiative « Education First » et le travail de l’envoyé spécial de l’ONU M. Gordon Brown. Et je les remercie tous les deux pour l’impulsion qu’ils continuent à apporter. Ils continuent à nous donner envie d’agir.

Chers frères et sœurs, souvenez vous de quelque chose. Le « Malala day » n’est pas mon jour. Aujourd’hui est le jour de chaque femme, de chaque garçon et de chaque fille qui ont élevé la voix pour leurs droits. Il y a des centaines de militants des droits de l’homme et de travailleurs sociaux qui non seulement parlent en faveur des droits de l’homme, mais qui se battent pour atteindre leurs objectifs d’éducation, de paix et d’égalité. Des milliers de personnes ont été tuées par les terroristes et des millions ont été blessés. Je ne suis que l’un d’entre eux.

Donc ici, je suis … une fille parmi d’autres.
Je parle – non pour moi, mais pour toutes les filles et les garçons.
J’élève ma voix – pas pour que je puisse crier, mais pour ceux qui n’ont pas voix puissent être entendus.
Ceux qui ont lutté pour leurs droits:
Leur droit de vivre en paix.
Leur droit d’être traité avec dignité.
Leur droit à l’égalité des chances.
Leur droit à l’éducation.

Chers amis, le 9 Octobre 2012, les talibans m’ont tiré sur le côté gauche de mon visage. Ils ont tiré sur mes amis aussi. Ils pensaient que les balles allaient nous faire taire. Mais ils ont échoué. Et puis, sur ce silence se sont élevées des milliers de voix. Les terroristes pensaient qu’ils pourraient nous faire changer d’objectifs et arrêter nos ambitions mais cela n’a rien changé dans ma vie, sauf ceci: la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts. La force, la puissance et le courage sont nés. Je suis la même Malala. Mes ambitions sont les mêmes. Mes espoirs sont les mêmes. Mes rêves sont les mêmes.

Chers frères et sœurs, je ne suis contre personne. Je ne suis pas non plus ici pour parler en termes de vengeance personnelle contre les talibans ou contre tout autre groupe de terroristes. Je suis ici pour parler du droit à l’éducation de chaque enfant. Je veux de l’éducation pour les fils et les filles de tous les extrémistes, en particulier les Talibans.

Je n’ai même pas de haine contre le Talib qui m’a tiré dessus. Même si j’avais une pistolet en main et qu’il se trouvait en face de moi, je ne lui tirerait pas dessus. C’est la compassion que j’ai apprise de Mohammed, le prophète de la miséricorde, que j’ai apprise de Jésus-Christ et de Bouddha. C’est l’héritage du changement que j’ai hérité de Martin Luther King, de Nelson Mandela et de Muhammad Ali Jinnah. C’est la philosophie de la non-violence que j’ai apprise de Gandhi Jee, de Bacha Khan et de Mère Teresa. Et c’est le pardon que mon père et la mère m’ont appris. Et c’est ce que mon âme me dit, soit pacifique et aimant pour tout le monde.

Chers frères et sœurs, c’est dans les ténèbres que nous nous rendons compte de l’importance de la lumière. Nous sommes conscients de l’importance de notre voix quand nous sommes réduits au silence. De la même manière, lorsque nous étions à Swat, dans le nord du Pakistan, nous avons réalisé l’importance des stylos et des livres quand nous avons vu les armes de guerre.

Cette parole sage est vraie :: «La plume est plus puissante que l’épée ». Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. La puissance de l’éducation leur fait peur. Ils ont peur des femmes. La puissance de la voix des femmes leur fait peur. Et c’est pourquoi ils ont tué 14 étudiants en médecine innocents dans l’attentat récent de Quetta. Et c’est pourquoi ils ont tué de nombreuses enseignantes et de personnes luttant contre la polio à Khyber Pukhtoon Khwa et les zones tribales du Pakistan. C’est pourquoi ils dynamitent chaque jour des écoles. Parce qu’ils étaient et qu’ils ont encore peur du changement, peur de l’égalité que nous apporteront dans notre société.

Je me souviens qu’il y avait un garçon dans notre école à qui un journaliste a demandé « Pourquoi est-ce que les talibans sont contre l’éducation? » Il a répondu très simplement, en montrant son livre, il dit: « Un Talib ne sait pas ce qui est écrit dans ce livre. » Ils pensent que Dieu est une toute petite personne conservatrice qui enverrait des filles en l’enfer juste parce qu’elles sont allées à l’école. Les terroristes utilisent à mauvais escient le nom de l’Islam et de la société pachtoune pour leurs propres avantages personnels. Le Pakistan est un pays démocratique qui aime la paix. Les Pachtounes veulent l’éducation de leurs filles et de leurs fils. Et l’Islam est une religion de paix, d’humanité et de fraternité. L’Islam dit que ce n’est pas seulement le droit de chaque enfant de recevoir une éducation, il mais que c’est leur devoir et leur responsabilité.

Monsieur le Secrétaire général, la paix est nécessaire à l’éducation. Dans de nombreuses parties du monde, en particulier au Pakistan et en Afghanistan, le terrorisme, les guerres et les conflits empêchent les enfants d’aller à l’école. Nous sommes vraiment fatigués de ces guerres. Les femmes et les enfants souffrent dans de nombreuses régions du monde à bien des égards. En Inde, des enfants innocents et pauvres sont victimes du travail des enfants. Beaucoup d’écoles ont été détruites au Nigeria. Les gens en Afghanistan ont été empêchés de vivre par l’extrémisme depuis des décennies. Les jeunes filles ont à faire du travail domestique et sont obligés de se marier à un âge précoce. La pauvreté, l’ignorance, l’injustice, le racisme et la privation des droits fondamentaux sont les principaux problèmes rencontrés par les hommes et les femmes.

Chers amis, aujourd’hui je me concentre sur les droits des femmes et l’éducation des filles parce que ce sont elles qui souffrent le plus. Il fut un temps où des femmes militantes ont demandé à des hommes de se lever pour défendre leurs droits. Mais, cette fois, nous allons le faire nous-mêmes. Je ne dis pas aux hommes d’arrêter de parler en faveur des droits des femmes , mais je me concentre sur cet objectif, que les femmes soit autonomes dans leurs propres combats.

Chers sœurs et frères, le moment pour parler est venu.
Aujourd’hui, donc, nous appelons les dirigeants du monde à changer leurs politiques stratégiques en faveur de la paix et de la prospérité.
Nous appelons les dirigeants du monde afin que tous les accords de paix protègent effectivement les droits des femmes et des enfants. Un accord qui va à l’encontre de la dignité des femmes et de leurs droits est inacceptable.
Nous appelons tous les gouvernements à garantir une éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants du monde entier.
Nous appelons tous les gouvernements à lutter contre le terrorisme et la violence, à protéger les enfants contre les brutalités et les dommages.
Nous appelons les pays développés à soutenir l’expansion des possibilités d’éducation pour les filles dans le monde en développement.
Nous appelons toutes les communautés à faire preuve de tolérance. À rejeter les préjugés fondés sur les castes, les croyances, les confessions, les religions ou le sexe. À garantir la liberté et l’égalité pour les femmes afin qu’elles puissent s’épanouir. Nous ne pouvons pas tout réussir si la moitié d’entre nous sont tenus en arrière.
Nous appelons nos sœurs du monde entier à être courageuses – à prendre en main la force qui est en elle-même et à réaliser leur plein potentiel.

Chers frères et sœurs, nous voulons des écoles et de l’éducation pour offrir un avenir lumineux à chaque enfant. Nous allons continuer notre voyage vers notre objectif de paix et d’éducation pour tous. Personne ne peut nous arrêter. Nous allons parler de nos droits et nous allons changer les choses par nos paroles. Nous devons croire en la puissance et la force de nos mots. Nos mots peuvent changer le monde.
Parce que nous sommes tous ensemble, unis pour la cause de l’éducation. Et si nous voulons atteindre notre objectif, alors nous nous laisserons renforcer par cette arme qu’est le savoir et nous nous laisserons protéger par l’unité et la solidarité.

Chers frères et sœurs, nous ne devons pas oublier que des millions de personnes souffrent de la pauvreté, de l’injustice et de l’ignorance. Nous ne devons pas oublier que des millions d’enfants ne vont pas à l’école. Nous ne devons pas oublier que nos frères et sœurs sont en attente d’un avenir pacifique et lumineux.
Alors laissez-nous mener une lutte globale contre l’analphabétisme, la pauvreté et le terrorisme et nous prendrons en main nos livres et nos stylos. Ce sont nos armes les plus puissantes.

Un enfant, un enseignant, un stylo et un livre peuvent changer le monde.

L’éducation est la seule solution. Education First.

 

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Aragon mon complice

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559- Louis Aragon dans une manif du PCF le 3 oct 1971 à Paris – PCF Communiste ©Photo BLONCOURT

Connais-tu Louis Aragon ? C’était un type vraiment bien. Quand il était petit un jour il a joué dans la cour d’un immeuble avec un peu garçon qui s’appelait jacques Prévert. Bien des années plus tard ils seraient amis pour la vie. Louis Aragon a écrit de beaux romans comme Les voyageurs de l’Impériale que j’adore. Louis Aragon a dit merde à la censure allemande en écrivant Les yeux d’Elsa. Extérieurement ce sont de magnifiques poèmes d’amour. Mais symboliquement, quand tu détiens les clefs tu as entre les mains un superbissime recueil de poèmes de guerre, de poèmes de résistance.

Un jour il a écrit  » La Rose et le Réséda » pour rendre hommage à des jeunes gens tués au nom des valeurs française. Ils s’appelaient

 

  • Honoré d’Estienne d’Orves : officier de marine français, rallié au Général de Gaulle en 1940, fusillé en 1941
  • Guy Moquet, fils d’un député communiste, fusillé comme otage en 1941, à l’âge de 17 ans
  • Gilbert Dru : il organisa la Résistance dans les milieux de la Jeunesse Chrétienne, fusillé à Lyon en 1944, à l’âge de 24 ans
  • Gabriel Péri : homme politique et journaliste français, membre du Parti communiste, fusillé en 1941

Tu trouveras une très bonne analyse des symboles de ce poème ici.
Quand ‘ai commencé à enseigner en secondaire j’ai étudié ce poème pour sa valeur argumentative et la formatrice de l’époque m’a descendu en flèche. La pauvre : elle fait partie des gens qu’Aragon aurait roulé dans la farine.
ce que dit  » La rose et le réséda » c’est que communiste, athée, catholique on s’en fout, il faut s’unir pour la France, contre la Barbarie et le Totalitarisme.
Dis-moi, ça ne te rappelle pas notre situation ?
Musulman, athée, catholique, protestant, bouddhiste, Toltèque de France, unissons-nous !

 

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l’échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l’un fut de la chapelle

Et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu’elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l’un chancelle

L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison Lequel

A le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Il coule il coule il se mêle

À la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L’alouette et l’hirondelle

La rose et le réséda

Louis Aragon Extrait de « La Diane Française » édition Seghers

 

Ce poème a été diffusé sous le manteau par tracts, bombardé par les avions alliés avec des colis de nourriture. Il y a quelques jours, on passait cette vidéo sur les réseaux et certains se moquaient de ce papa qui disait à son fils  » nous on a des fleurs ».

Oui on a des fleurs, l’amour et la poésie.
La révolution française s’est faite grâce à des écrivains

La résistance s’est soudée grâce à des écrivains .
C’est peut-être pas grand chose, des mots, mais c’est assez pour les faire chier puisque Beaumarchais, Hikmet, Neruda, Hugo ont ceci de commun qu’ils ont terminé en exil ou en prison. je ne parle pas des fusillés. Des déportés comme Desnos. Ca doit quand même déjà bien les faire chier puisqu’un blogueur a été condamné à mille coups de fouets en janvier dernier. Et qu’un concert de rock a suffi à déchaîner leur haine.

 

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Il s’appelait Nâzim Hikmet

nazim_hikmet2En ces heures de guerre et de douleur, j’aimerais te faire redécouvrir ou découvrir quelques poètes que j’aime et qui ont combattu, à travers les mots, les actes aussi. Celui de ce soir s’appelle Nâzim Hikmet, il était Turc et il écrivait superbement, avec la simplicité des images de la pureté.

Je te conseille ce blog, et cet article.

Nazim et moi, on s’est rencontrés à un stage de théâtre de La Comédie à Reims avec Arnaud Meunier comme meneur, avant que ce dernier, metteur en scène, ne prenne la direction d’un grand théâtre de Saint Etienne. Arnaud aime ce qui est pur, simple, l’écriture blanche. IL aime aussi les gens vrais, les combats .
J’ai beaucoup aimé ce stage où Arnaud a essayé de nous faire jouer sans intention, avec simplicité, dans le dénuement complet du comédien face à un texte qui se suffisait à lui même. J’ai ensuite acheté ce merveilleux recueil Il neige dans la nuit.

Voici deux de mes poèmes préférés de Nazim Hikmet. Je te salue Nazim. Tu dois nous regarder le cœur en sang.

ANGINE DE POITRINE

Si la moitié de mon cœur est ici, docteur,

L’autre moitié est en Chine,

Dans l’armée qui descend vers le Fleuve Jaune.

Et puis tous les matins, docteur,

Mon cœur est fusillé en Grèce.

Et puis, quand ici les prisonniers tombent dans le sommeil quand le calme revient dans l’infirmerie,

Mon cœur s’en va, docteur,

chaque nuit,

il s’en va dans une vieille

maison en bois à Tchamlidja

Et puis voilà dix ans, docteur,

que je n’ai rien dans les mains à offrir à mon pauvre peuple,

rien qu’une pomme,

une pomme rouge : mon cœur.

Voilà pourquoi, docteur, et non à cause de l’artériosclérose, de la nicotine, de la prison,

j’ai cette angine de poitrine.

Je regarde la nuit à travers les barreaux

et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,

Mon cœur bats avec l’étoile la plus lointaine.

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 89

Je suis dans la clarté qui s’avance

Mes mains sont toutes pleines de désir, le monde est beau.

Mes yeux ne se lassent pas de regarder les arbres,

les arbres si pleins d’espoir, les arbres si verts.

Un sentier ensoleillé s’en va à travers les mûriers.

Je suis à la fenêtre de l’infirmerie.

Je ne sens pas l’odeur des médicaments.

Les oeillets ont dû fleurir quelque part.

Et voilà, mon amour, et voilà, être captif, là n’est pas la question,

la question est de ne pas se rendre…

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 2002, page 84

Nâzim Hikmet