Publié dans Coups de gueule

Les déceptions d’enfant

2013-01-08_15-53-29-737745_1000xQuand j’étais enfant, j’ai été déçue par les adultes.
Je ne vous parle pas des cadeaux non faits ou des promesses non tenues. Encore que, sur ce point, je suis intransigeante avec moi-même et Papa Tornade. Il est hors de question de promettre un truc aux filles et de ne pas le faire, car cela aussi m’a beaucoup affecté enfant. On me faisait miroiter un truc et hop au dernier moment c’était non.

Je vous parle d’une déception plus grave, une déception de moralité et de confiance. Comme la promesse mais en pire. En pire, parce qu’elle concernait mon affectivité et ma relation aux gens.

Cette déception m’a fait prendre conscience que les adultes mentent. Que les adultes mentent aux enfants, mentent entre eux, mentent à eux-même. Cela m’a fait comprendre que les adultes sont hypocrites, même quand ils se disent francs, que leur bassesse noircissent le quotidien et les petites joies de rien.

Ce scénario que je m’apprête à retranscrire a eu lieu plusieurs fois, il me faut donc condenser.

Un adulte de ma famille m’emmenait quelque part ou nous recevions une visite. On me présentait un autre adulte. Moi, faisant confiance à la personne de ma famille qui s’occupait de moi, j’abordais ce nouvel adulte, cet inconnu, en confiance. Cet adulte était forcément quelqu’un de bien. Les amis de ma famille sont mes amis. J’apprenais à connaître cette personne, je me montrais aimable, je jouais et discutais avec elle, je m’engageais émotionnellement et souvent je m’attachais. D’ailleurs, à l’origine je faisais cela pour faire plaisir à la personne de ma famille. Elle me présentait quelqu’un, elle était agréable avec cette personne, donc forcément je devais faire de même.

A la fin, nous nous quittions : la personne que je venais de rencontrer était contente, avait un mot gentil, proposait même de me garder. Ou de m’emmener quelque part. On disait « pourquoi pas » ( et hop coup de la promesse à la con faite à l’enfant qui se projette dans un super moment à venir) et nous nous séparerions. Alors je pensais revoir cette personne et aller au cinéma, au parc ou je ne sais où. Et puis…

Et puis l’adulte de ma famille révélait alors le fond de sa pensée.

L’inconnu rencontré était en fait une traînée ,un salopard, une ordure ou je ne sais quoi.

Ou simplement une «  pas grand chose ».

 » Non mais franchement tu ne t’imagines pas qu’on va te laisser aller au cinéma avec cette crétine. C’est une traînée. Et toi, tu étais là tu lui faisais des cajoleries, tu jouais avec elle. Tu as été drôlement gentille, je me demande bien pourquoi.  » S’en suivait des moqueries «  Regarde moi cette andouille qui a passé deux heures à jouer avec Machine. Tu sais pas ? Elle croyait aller au parc et la revoir ! Non mais vraiment les enfants. Ma pauvre Tornade, tu te laisses vraiment abuser par n’importe qui ».

Toutes les insultes lancées au sujet de cette personne, je les recevais alors en pleine face, comme si c’était moi, la traînée, la moins que rien, la crétine. J’étais contaminée par ces insultes qui finalement s’adressaient aussi à moi. J’avais aimé une crétine, j’étais une crétine.

Puis, je ne comprenais pas : pourquoi me présenter quelqu’un qui n’était pas digne d’être connue ? Pourquoi ainsi me faire perdre mon temps, me mettre «  en danger » ? Pourquoi me demander avant cette rencontre d’être polie et gentille pour ensuite se foutre clairement de moi ?

Avec le recul, j’ai compris qu’il s’agissait en général de personnes à qui l’on devait quelque chose, ou qui représentait un possible gain d’argent, ou qui était un patron, un fils de patron. On me faisait entrer dans la mascarade sociale ? J’étais l’attraction sympathique qui allait attendrir cette personne. Un enfant c’est le meilleur atout pour vous si vous voulez négocier avec quelqu’un et endormir son attention. J’étais une marionnette.

Enfin, on médisait, on mentait devant moi, on ricanait de la personne bernée mais on m’avait bernée aussi. J’étais déçue. Tant de fausseté, de mensonge. Ces gens bas étaient ma famille.

On avait abusé de mon intégrité et de ma confiance. On s’était servie de mon naturel obéissant ( et on continuera toute ma vie jusqu’à la rupture pour me manipuler dans mes décisions à coup de «  Je ne te reconnais pas » «  Tu n’es plus ma fille » «  Tu as changé, tu te fais manipuler par les autres » alors que non, je n’étais tout simplement plus tenue par leurs fils!).

Franchement, c’est abusé d’un enfant, tout cela. Et puis c’est malsain de lui présenter des gens qu’on n’apprécie pas. C’est faire perdre son temps à l’enfant.

Et puis, si moi, j’avais raison d’apprécier cette personne, de la hauteur de mon objectivité d’enfant, pas empêtré dans les intérêts et les préjugés ? 

De toutes ces rencontres où finalement je ressortais déçue, je me rappelle seulement aujourd’hui avoir été le dindon de la farce. Mais la personne rencontrée également l’était.

Je me souviens d’une gentille jeune fille qui avait même projeté de m’emmener dans un parc d’attraction. Moi qui n’avait jamais droit à rien, aucune sortie avec mes amis, j’étais aux anges. Evidemment, cette sortie n’a jamais eu lieu. je me souviens également d’une autre jeune fille avec qui j’ai pu avoir une vraie conversation intéressante. Je devais avoir 11 ou 12 ans. Elle m’a parlé comme à un adulte. ON l’a traité de greluche juste après son départ. La seule personne qui avait donc de la considération pour ma réponse à la question  » Quel métier veux-tu faire plus tard ? » était une greluche. La seule qui ne s’était pas contenté de la réponse toute faite que ma mère me faisait débiter était une greluche. Ne présenterez que des gens bien à vos enfants, et si ce n’est pas le cas, abstenez-vous de commentaire.

Après tout, votre enfant a son propre jugement à forger. Si vous avez décidé de prendre le risque de lui présenter des cons, tant pis pour vous. Votre enfant vous fait confiance, soyez-en digne. Si quelqu’un doit éviter de lui faire son temps avec des débiles c’est bien vous. ne vous servez pas de votre enfant come d’un caniche de foire. Laissez-le en dehors de vos mascarades. Et surtout évitez de lui dire  » Sois gentil avec la dame » pour ensuite vous foutre de sa gueule alors qu’il n’a fait que vous obéir.

 

PS : Merci de ne pas tenter de me vendre vos services de correction avec des commentaires à la con. Sachez que si la ponctuation est quelque fois bizarre c’est soit parce que WordPress ne gère pas certains caractères, soit parce que je préfère le contenu au contenant et que je manque de temps. Et si je voulais faire des textes bien mis en page je ne serai pas sur un blog gratuit. Je fais avec les moyens du bord. En outre, quand on se cache derrière une adresse mail anonyme à la con, on ne doit pas s’attendre de ma part à quelque considération que ce soit.

 

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Publié dans Coups de coeur

Mon pépé

pépéAujourd’hui, ce devrait être l’anniversaire de mon pépé, qui nous a quittés il y a trois ans.

C’est la seule photo que j’ai de lui, où il sourit. Je ne dois pas avoir beaucoup d’autres photos de lui d’ailleurs.

Mon pépé était quelqu’un de très atypique. Il est né dans une forêt du Morvan et aimait raconter que sa mère le portait dans un cageot sur la tête. Ma mère disait qu’il affabulait, mais depuis je me suis renseigné auprès d’un garde forestier qui avait fait des recherches sur le Morvan : oui, il y a avait des familles d’émigrés dans les forêts du Morvan, oui, on trimballait les bébés dans un cageot, et souvent sur la tête. Ses parents sont venus d’Espagne à pieds. Environ 1700 Bornes, soit 400 heures de marche ( c’est Mappy qui le dit). Depuis j’ai retrouvé un groupe Facebook avec d’autres personnes de ce village, et ils disent tous qu’ils sont venus à pied. De toute façon en 1918, ils n’y avaient pas trop d’autre solution.

Mon pépé a quitté l’école à 12 ans, il savait parler Espagnol, et a appris à converser en Italien et en Portugais grâce à l’Espagnol. Evidemment, quand il le disait, on ne le croyait pas, mais moi je l’ai entendu faire plus d’une fois. Sa mère ne savait ni lire ni écrire, et c’est comme ça que j’ai su que c’était vraiment très important de lire et d’écrire. Moi j’ai toujours aimé ça, mais j’ai vu combien cela pouvait être un handicap de ne pas savoir.

Avec mon pépé, nous faisions le tour des campings où nous allions ( il avait un camping-car et il m’emmenait faire des compétitions, ou on allait en cure thermale) et il s’arrêtait discuter avec les gens. Avec n’importe qui. A l’époque cela ne semblait pas trop bizarre, et il s’est fait des amis de cette façon.

On aimait se balader à pieds, même sous la pluie.

Mon pépé a eu plein de métiers et des tas de passions : il a travaillé sur les chantiers, a été chef de chantier, il a conduit des cars sur des longs voyages comme sur les trajets scolaires, il m aimait récupérer des tas de machins, qui finissaient par servir ( Konmari , cela ne lui aurait pas plu !) il faisait des DIY avant l’heure, surtout pour son jardin, il avait plusieurs jardins d’ailleurs, il achetait des maisons en ruines à des ventes aux enchères et les retapait pour les louer. Il s’est démerdé pour réussir, et une fois qu’il a réussi, il a eu des gens qui le jalousaient. Il a eu aussi des gens qui étaient racistes et qui disaient des choses pas sympas dans son dos, dans un tout petit village où dès que tu es différent, tu es montré du doigt. Enfin, en fait, ils se  montrent tous du doigt chacun leur tour mais ils pensent que ce n’est pas le cas et qu’ils sont amis.

Mon pépé avait de gros soucis de santé, et on disait de lui qu’il se plaignait tout le temps. En fait, il a été traumatisé de voir son petit frère happé par un char allemand pendant la guerre, il a développé ce qu’on appelle aujourd’hui fibromyalgie, et avait la maladie de Parkinson.

Mais même malade il était toujours en train de bricoler un truc. Le souci, c’est que des fois, ce n’était pas de très bon goût. enfin, c’est surtout qu’il récupérait des peintures à la déchetterie ou ailleurs, et qu’il s’en servait quelle qu’était la couleur. Il repeignait des trucs et ne le disait pas, tu te retrouvais avec de la peinture sur les mains ou les vêtements, c’était pas drôle. Maintenant si, je trouve ça drôle.

J’aurais bien aimé que mes filles connaissent mon pépé, mais pour cela, il aurait fallu que ma grand-mère et ma mère agissent autrement quand il a été très malade, et quand j’ai été très malade.

Il aurait fallu qu’il soit pris en charge autrement.

Il y aurait bien des choses à vous raconter sur le sujet, mais aujourd’hui, je n’ai pas envie.

Je préfère vous raconter comment était mon pépé, avec ses jardins, ses bricolages, ses maisons à retaper, ses chantiers, sa manie de ne pas mettre de caleçon l’été sous son short, son peigne qu’il avait toujours dans la poche, son habitude de traiter de  » salopard » tous les chiens qu’il voyait ( c’était affectueux ), ses trouvailles dangereuses comme la fois où il a poussé seul dans une pente la voiture qui ne démarrait plus  mais qu’elle a terminé dans la jardinière de la cour ( une vieille auge en pierres) et qu’il aurait pu finir sous les roues, la fois où il a coursé un sanglier ( si, si ) parce qu’on ne sait jamais des fois qu’il puisse l’étrangler à mains nues ( je ris mais ça aurait pu mal finir), et sa passion, comme moi pour… le chorizo, le jambon sec et le chocolat Lindt au lait.

Publié dans Coups de coeur, Projet52, Sans eux !

#projet52-2015 #apero #semaine14

( Pour la semaine 13 faudra attendre le milieu de semaine…)14

« L’apero de ces derniers mois s’est résumé à une bouteille de champomy. On a essayé de faire des variantes avec du champomy carrefour, du champomy rouge, du champomy bio. Autant vous dire que pour les 70 prochaines années qu’il me reste à vivre je ne toucherai pus jamais à une bouteille de champomy.

« Le goût est fait de mille dégoûts », Paul Valéry, Choses tues

Etant d’origine espagnole, l’apero a souvent signifié  » assiette de tapas » pour moi : on mangeait peu de gâteaux apero sec, mais pas mal de pruneaux au four dans sa poitrine fumée. J’ai passé par exemple deux étés an Andalousie, fief de la tapas gratuite, et pour moi l’apero finit souvent en vrai repas. On boit souvent de la sangria ( on mange aussi la sangria d’ailleurs !)

Et l’apero, comme son nom latin l’indique, c’est ce qui ouvre l’appétit. mais souvent ça me suffit pour dîner. Je n’ai plus faim après un véritable apéro. Après une sangria, des tapas, on est repu, on est prêt à danser. C’est un apéro de la richesse et du partage, qui comble après un vide et avant un moment de défoulement.

 » La tombée de la nuit a toujours été pour moi le signal d’une fête intérieure et comme la délivrance d’une angoisse », Charles Baudelaire, le Spleen de Paris.

J’ai souvent été de celles qui ne prenaient pas d’alcool. Parce que je ne savais pas réellement ce que j’aimais. Je me souviens d’un bar irlandais à Dijon avec des cocktails sans alcool qui auraient converti n’importe quel ivrogne ( le KilKenny pour les nostalgiques, il doit d’ailleurs toujours exister ). J’ai eu ma période  » jus de goyave » à faire hurler Florence Foresti.

J’ai eu ma période champagne à tous les étages et dès l’apéro quand nous habitions Reims. Et j’avoue que dernièrement on s’est envoyé une bouteille de rosé de chez René Roger en fin d’après-midi avec de la brioche ( qui est un ami et je vous conseille d’aller picoler son rosé, une tuerie, je ne serai jamais infidèle à mon rosé préféré ). Le champagne Rosé René Roger, c’est le champagne des  » danses de la joie » des mariages ( le sien, le mien) les baptêmes, les naissances, c’est la bouteille magnifique dans un papier de soie reçu dans un colis avec un cadeau ( ou, c’est l’avantage d’être son ami, toi tu te débrouilleras einh), c’est une explosion dans la bouche, des saveurs incroyables, c’est hyper bon avec une brioche, hyper bon avec du foie gras, c’est le champagne de mes quelques moments d’ivresse ( dont un à son mariage juste après le vin d’honneur, au champagne) c’est le luxe des anges à la portée de ma bouche.

Mais moi, mon truc pour l’apéro, mon alcool préféré hormis le rosé de chez René Roger, c’est le Martini.

Le Martini blanc.

J’ai eu une période Martini rosso parce que je ne connaissais pas le blanc et je ne reviendrai pour rien au monde en arrière. Le Martini blanc c’est mon préféré de tous les alcools d’apéro de la planète.

J’ai essayé de comprendre comment son goût était construit, son odeur aussi. J’ai fait des recherches pour découvrir la recette. Je sais qu’il y a « des plantes » dedans et que ça soigne merveilleusement mon mal de ventre au passage. Mais je n’ai jamais su ce qu’il y avait exactement. Et peut-être que ce mystère sur sa composition participe à son charme. Le Martini blanc, c’est le soleil d’Italie, les vallées d’oliviers ( parce que j’adore avec des olives), c’est un apéro à Capri de mon prof de latin qui buvait un Martini en attendant le repas lors d’un voyage scolaire ( et qui m’avait refilé son olive géante offerte par le bar) , c’est des heures et des heures de lecture avec un Martini pour seul compagnon. Un seul Martini je vous vois venir. Je le déguste, je le bois lentement je ne supporte pas les gens qui boivent ça comme du petit lait à la vitesse grand v.

 » la solitude est un art » Vilheim Ekeklund, Aphorimes

Mon Martini c’est tranquillou, si possible seule. Oui, seule. C’est peut-être le seul apéro, que j’aime boire en silence dans le coucher du soleil avec un bouquin à la main. Il paraît que l’apéro est un moment convivial. Mais la lecture aussi c’est convivial. La sangria, c’est avec des tapas et du bruit, de la musique et des amis, c’est avant une fiesta d’enfer , une nuit à danser jusqu’au matin. Le Martini, c’est idéalement – mais je ne refuse pas de le boire en compagnie avant une soirée entre amis – après une journée bien remplie, ensoleillée qui promet une soirée de calme et de repos sur ma terrasse, une soirée de silence et de détente. Avec une personne seulement si possible.

Le champagne c’est pour la fête et l’ivresse, la sangria c’est avant la fête et l’ivresse, le Martini  c’est pour déguster le repose du guerrier, c’est pour étendre les sens et profiter encore mieux de ce moment de quiétude des fins d’après-midi.

Je ne sais pas d’où cela me vient. Peut-être simplement du souvenir de mon prof de latin, en train de savourer son seul moment de solitude dans la tempête de ce voyage scolaire d’une semaine, passée à supporter un car de 45 mioches et 5 collègues, sans jamais pouvoir s’asseoir dans un fauteuil confortable et dans une silence où aucun bruit ne le dérange. Et puis je suis arrivée, le pauvre, il avait enfin trouvé 5 minutes pour se poser. Aujourd’hui je comprends qu’il en avait vraiment besoin. Je ne suis pas restée, je n’ai pas été bruyante, j’ai partagté un moment de silence avec lui. Et j’ai gardé de cette instant fugace, volé au tourbillon du voyage scolaire, de la présente aussi incessante de mes camarades, présence à laquelle je n’étais pas habituée car j’étais moi-même souvent seule à cet époque, j’ai gardé de ce souvenir, la passion du Martini blanc, avec des olives, quelques gâteaux secs parfois, une tapenade sur du pain, un soleil sur la terasse qui colore l’horizon et les végétations de rouge, et un livre. Il se dégage de ce souvenir de la sérénité et de l’apaisement et quelque chose de très  » urbain » une habitude de lettré qui ne faisait absolument pas partie du quotidien des adultes qui partageaient ma vie à cette époque. Je me souviens toutefois d’un apéro en terrasse avec un oncle et une tante et je ne sais pas ce que nous avions bu mais c’était un instant de fin de soirée d’été, après la chaleur, un instant de calme avant un très bon repas dans un très grand restaurant où nous étions invités. C’était un instant  » Martini blanc ». Deux ou trois autres soirs également, avec mon père cette fois, adulte, j’ai partagé un apéro  » Martini blanc » en terrasse d’un restaurant, un moment où nous échangions quelques phrases seulement, après une après-midi chargée, ensoleillée,  à Montpellier. C’était aussi des instants  » Martini blanc ». Des moments comblés et apaisés. Et vous aurez compris, sur une terrasse idéalement. Avec la brise du soir et le soleil de fin de journée, dans cette lumière impressionniste qui fait de la vie un tableau.

« Créer, c’est se souvenir », Victor Hugo.

Comme les souvenirs se mêlent souvent pour construire des habitudes vraiment ancrées et riches d’émotions, ce que j’aime lire avec un Martini, ce sont des nouvelles de Valery Larbaud, des poèmes de Paul Valery ou d’autres poètes du XXe siècle, des pages de Louis Aragon. Pourquoi ? Parce que ma passion pour le Martini blanc date sans doute de 2002 alors que mon souvenir du prof de latin date de 1994 environ. En 2002, je passais les concours de prof et j’avais lu Les voyageurs de l’impériale, Valery Larbaud et d’autres auteurs pour le plaisirs, J’aime passionnément la littérature du XXe siècle.  Il y a du sud, de l’Italie, mais surtout de la ville de Montpellier dans ces œuvres. Une ville qui évoque pour moi le Martini Blanc, des places ensoleillées avec des jeux de fontaine, une ville de culture avec un  musée magnifique où l’on peut admirer une Phèdre exceptionnelle qui mériterait bien son Martini Blanc. La plus italiennes de nos villes françaises, dans ma tête à moi.

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J’ai même prêté tout cela à l’une de mes héroïnes, celle de la nouvelle La désinvolte, publiée dans un recueil Les Voies détournées.

A cette époque, donc, je travaillais énormément, et j’étais souvent seule, mais dans une foule virtuelle composée des auteurs, des personnages sur lesquels je travaillais mais aussi des amis avec qui je bossais via la toile. Et le soir, il nous arrivait de partager ensemble, séparés par des centaines de kilomètres, le même moment  apéritif. Ces soirs là, heureuse du travail accompli mais la tête noyée sous les vers, les citations, les figures de style, je sirotais mon repos du guerrier, mon filtre magique : un bon Martini blanc.

Le Martini blanc, c’est pour moi l’apero de la littérature. En concurrence avec le verre de vin rouge de qualité et la coupe de champagne, certes, mais le Martini blanc est plus riche en émotions personnelles, il est moins attendu peut-être , moins conventionnel.  

J’ai une pensée émue pour Montaigne, qui n’a sans doute jamais bu de Martini blanc. Mais les happy few comprendront. Ils comprendront pourquoi Montaigne aurait adoré ce billet.

Je salue Proust aussi, parce que chacun sa madeleine.

Je fais un clin d’œil à Grégoire Delacourt, parce que tout cela me fait penser à lui.

Je dédie cette chronique aux étudiants de 2002, et à quelques profs  avec qui j’ai partagé quelques moments de littérature, de champagne, de Martini, selon la personne concernée.